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Tuesday, 24 March 2015
Des jeunes chercheurs africains pour le développement de l’Afrique
Les boursiers de l’Initiative pour l’Afrique. La connaissance pour demain lancé depuis 2003 par la Fondation Volkswagen se sont retrouvés à Antananarivo du 16 au 22 mars pour des partages de connaissances.
Il s’agissait de la cinquième réunion entre les bénéficiaires et les responsables du programme après quatre rencontres successives à Nairobi Kenya (mai 2011), à Bonn Allemagne (janvier 2012), à Cotonou Bénin (décembre 2012) et à Hanovre Allemagne (octobre 2013).
Les participants sont de jeunes chercheurs africains ayant fait partie de la promotion 2010-2013 et ceux sélectionnés pour la promotion 2014-2017.
Les bénéficiaires qui viennent de l’Ouganda, du Kenya, du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte-d’Ivoire, de la République démocratique du Congo et de Madagascar ont à cette occasion profité des orientations pratiques prodiguées par Carolyn Tally Palmer et Robert Trigiano, respectivement de l’Institute for Water Research – Unilever Centre for Environmental Water Quality en Afrique du Sud et de l’Institute of Agriculture – University of Tennesse aux Etats-Unis.
“Le but est de mettre en place des recherches de qualité pour le développement en Afrique sub-saharienne. Nous aidons les jeunes chercheurs de la région dans les domaines de ressources naturelles et d’énergies renouvelables”, ont souligné Kolodziejski Christoph de la Fondation Volkswagen et son gestionnaire du programme de bourses, Hartmüt Stützel.
Cet organisme européen annexe du constructeur automobile du même nom est en effet tenu de soutenir le transfert de compétences nord-sud conformément au principe du pollueur-payeur.
Les projets de recherche individuels ayant des impacts socioéconomiques indéniables sont retenus et seuls les responsables de cette entité germanique décident à ce propos, selon le témoignage des bénéficiaires.
Le montant alloué est de 120 000 euros sur trois ans pour le chercheur junior qui prépare un doctorat et de 150 000 euros sur la même durée pour le chercheur senior qui se lance dans le post-doc.
Des allocations financières sont une aubaine pour les jeunes chercheurs dans un pays comme Madagascar où les structures d’appui à la recherche sont inopérantes.
Coopération sud-sud
Ils ne sont pas non plus automatiquement recrutés pour l’enseignement à l’université après la thèse la plupart du temps.
Force leur est donc de créer du travail pour eux-mêmes et l’appui venant de l’extérieur est la bienvenue à cette fin.
Les bénéficiaires ont, à la fin du cycle, l’obligation de retourner dans leurs pays d’origine pour y exercer et, de ce fait, sont encouragés à intensifier la coopération sud-sud.
“Nous sommes heureux d’avoir deux docteurs fruits de la collaboration entre le département de biologie animale [DBA, de l’Université d’Antananarivo] et la Fondation Volkswagen”, a mentionné Noromalala Raminosoa, le superviseur du programme à Madagascar.
Roger Daniel Randrianiaina qui a pu travailler sur les reptiles et les amphibiens malgaches en vue d’une thèse soutenue en Allemagne en 2011 mène en ce moment des recherches postdoctorales sur les poissons d’eau douce endémiques du pays.
“Ces espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction pour diverses raisons. Leur conservation est une opportunité de développement pour la population”, a-t-il dit.
Sa collègue Fanomezana Mihaja Ratsoavina qui a présenté une thèse sur les lézards de Madagascar en 2013 entreprend à présent des études postdoctorales sur la conservation des lémuriens et l’éducation environnementale.
“Vous savez que nos primates sont une espèce dont la conservation est quelque peu exigeante. Lorsqu’ils sont conservés, le reste de la biodiversité aussi doit l’être au profit des humains”, a-t-elle confie.
Tous les deux encadrent en même temps des étudiants malgaches préparant leurs mémoires de diplôme d’études approfondies et des doctorants.
De 2007 à 2010, le projet de l’Association Vahatra regroupant des scientifiques malgaches et étrangers rattachés au DBA, a également reçu l’appui financier des Allemands.
Un expert malgache s’est adressé à tous les boursiers africains en ces termes : “Vous êtes l’avenir de l’Afrique. Votre recherche va apporter du développement dans vos pays. Vous êtes les meilleurs chercheurs africains”.
Libellés :
biodiversity,
deforestation,
environment,
technology and education
Wednesday, 9 September 2009
Crise écologique dans la crise politique : Le poumon vert de l’Océan Indien continue de saigner
Le drame écologique se produisant à Madagascar depuis janvier a suscité un grand nombre de réactions au niveau national et international. Le trafic de bois précieux endémiques n’a jamais été aussi florissant que cette année à cause de la crise politique. « (...) les exploitations illicites de bois précieux pourraient (...) produire des effets néfastes autant pour les forêts que pour les communautés de base », a anticipé Erik R. Patel de l’université de Cornell, Etats-Unis, en décembre 2007i.
Madagascar est sans conteste l’un des pays les plus riches en biodiversité pourtant à la merci de désastreuses activités humaines. En tout et pour tout, Madagascar possède en ce moment quelque 9,5 millions d’hectares de forêts naturelles, environ 15 % des forêts originellesii. Ce potentiel forestier permet à la Grande Ile d’accéder au titre de « poumon vert » de l’Océan Indieniii.
Avec d’autres parties du monde, cet « organisme vivant » joue un rôle vital pour la lutte contre les changements climatiques. « Grâce à leur capacité de capter le carbone de l’atmosphère, les forêts ont le potentiel d’être une part importante des solutions aux changements climatiques », lit-on dans un communiqué de presse du Centre international de recherche en foresterie (CIFOR)iv.
Théoriquement, la couverture forestière de Madagascar absorbe chaque année 5,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone à raison de 0,6 tonne par hectare par an pour les forêts intactes. C’est peut-être une goutte d’eau dans l’océan par rapport aux émissions totales annuelles de 32 milliards de tonnes de CO2 provenant des activités humainesv.
Mais les forêts tropicales comme les nôtres restent à jamais le cheval de bataille de premier ordre pour combattre le réchauffement planétaire. Les forêts tropicales existantes couvrent environ 15 % de la surface totale de la Terre et contiennent environ 25 % du carbone dans la biosphère terrestrevi.
Elles éliminent près de 20 % des quantités de CO2 versées dans l’atmosphère, selon des résultats de recherches. Le magazine Nature de février 2009 confirme que les forêts tropicales aspirent environ 5 milliards de tonnes de CO2 qui auraient contribué à l’augmentation progressive de la température moyenne de notre planète.
Les zones boisées forment l’un des viviers de mécanismes naturels participant à la régulation du régime climatique local. A l’inverse, la déforestation équivaut à la libération des quantités supplémentaires de CO2 dans l’atmosphère, amplifiant ainsi le phénomène naturel d’effet de serre, responsable de la hausse de la température mondiale.
Voilà pourquoi l’on mise aussi beaucoup aujourd’hui sur le programme de réduction des émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts ou REDD. Une autre raison de l’intérêt grandissant à son sujet est plutôt économique. Cette approche nouvelle de la lutte contre le réchauffement global est considérée moins coûteuse que d’autres méthodes d’atténuation et d’adaptation.
Au-delà des services écologiques vitaux comme la rétention d’eau, la conservation de la biodiversité, l’esthétique du paysage…, les forêts anciennes rendent le plus de service à la stabilisation du climat par le piégeage de carbone, d’après les découvertes d’une équipe de chercheurs du CIFOR ayant étudié pendant 40 ans les forêts tropicales de l’Afrique. Des vies humaines seront alors intimement liées à la vie des arbres à la lumière des scénarios futurs des effets néfastes des perturbations climatiques.
Pas plus tard qu’en juin dernier, The Guardian Weekly rapporte des faits, pour le moins alarmants en référence à des données fournies par The Global Humanitarian Forum conduit par l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan. Selon le forum, le monde compte aujourd’hui environ 4 milliards de individus vulnérables dont 500 millions se trouvent dans des situations de risque extrême.
Les changements climatiques sont d’ores et déjà responsables de 300 000 décès par an. S’y ajouteront 200 000 décès supplémentaires par an avant 2030 à cause des vagues de chaleur, inondations, tempêtes et destruction des forêts, selon les prévisions. Tout cela, sans parler de pertes subies par l’économie mondiale évaluées à plus de 125 milliards de dollars par anvii.
Mais les dégâts économiques causés par les perturbations climatiques s’élèveront à 600 milliards de dollars par an d’ici 2030viii. De quoi se demander sur l’avenir des aides internationales en faveur des nations pauvres et leurs habitants, les plus durement affectés par les bouleversements actuels et futurs. Le développement des pays les moins avancés sera à jamais problématique dans ce contexte.
Pour ce qui est du cas de Madagascar, la Grande Ile figure parmi les 100 pays les plus vulnérables d’après l’Institut international pour l’environnement et le développementix. Rien que dans le secteur de production de riz, l’aliment de base pour la majorité des Malgaches, les dégâts cumulés entre 1968 et 2007 correspondent à 125 millions de tonnes de paddy perdues. Pour la même période, les phénomènes climatiques extrêmes ont coûté la vie à 1 365 individusx.
Etant Partie à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques et un des pays les moins avancés, Madagascar a formulé en 2006 son Programme d’action national d’adaptation ou PANA. Une demande de financement s’élevant à près de 4 millions de dollars pour la mise en œuvre du programme est soumise au secrétariat du Fonds pour l’environnement mondial ou FEM. La foresterie figure parmi les 5 secteurs prioritairesxi. Malgré l’urgence, le bailleur n’a pas donné suite à la requête malgache jusqu’à présent.
Le dérèglement climatique devient en effet un champ de bataille mondial qui fait qu’une attention particulière soit portée sur les pays pauvres ou en développement mais dont le potentiel forestier est considérable. Cinq grands projets pilotes REDDxii sont en cours à Madagascar dans ce sens. Ils sont conduits par d’importantes ONGs internationales et concernent 16 sites d’une surface totale de 1 762 400 ha. Leur potentiel en carbone est estimé à 40-45 millions de tonnes pour les 30 prochaines annéesxiii.
Il existe à Madagascar 47 aires protégées établies selon les catégories I, II et IV de l’IUCN, et, 23 nouvelles aires protégées (à statuts temporaires) selon les catégories V et VI représentant une surface totale de 4 344 194 ha. L’officialisation de 62 nouvelles aires protégées additionnelles (à statuts temporaires aussi) de 2 451 054 ha devrait être effective cette année 2009xiv.
Certes, la nation malgache ambitionne depuis quelque temps de devenir un leader mondial en matière de bonnes pratiques environnementales. Investir dans l’environnement, c’est protéger des vies, relancer l’économie et amorcer la création d’emplois au XXIe siècle, selon l’initiative « New deal de l’écologie mondiale » (PNUE, 2008)xv.
Pour le moment, les coûts estimés des aires protégées existantes sont de 23 millions de dollars alors que leur potentiel en termes de revenus (entrées de parcs, donations…) est d’environ 15 millions de dollars par anxvi. Mais la crise politique ayant secoué le pays depuis le début de l’année a ouvert la boîte de Pandore au patrimoine forestier malgache par-dessus les cas choquants signalés dans les années précédentes. Elle a non seulement compromis les activités prévues mais aussi a mis en péril la nature unique au monde. Quelle triste ironie du sort pour notre pays !
Les gros arbres et de bonne qualité – dont les apports à la lutte contre le réchauffement climatique sont expliqués ci-dessus – sont illégalement abattus les uns après les autres et ont alimenté un réseau criminel international de trafic illégal de bois précieux à l’avantage d’une minorité assoiffée d’argent facile et de mèche avec des opérateurs chinois. Plus de 90 % du trafic illicite de Madagascar se fait en Chine, le plus gros consommateur mondial de bois tropicalxvii. Les Etats-Unis via Chine et l’Allemagne aussi sont autant d'acheteurs internationauxxviii.
« Quand nous plantons des arbres, nous semons les graines de la paix et de l’espérance ». Ce propos de Wangari Maathai est un coup d’épée dans l’eau pour la mafieuse minorité agissante à Madagascar, l’île rouge, et au pays de la révolution rouge. Ce que les trafiquants font, c’est le contraire de l’idéal exprimé par la lauréate du Prix Nobel kenyane (2004). Eux, ils tuent la poule aux œufs d’or, et, du coup, répandent les graines de la désolation.
La cupidité et la voracité égoïste ont frénétiquement écumé à l’intérieur même des sites nouvellement inscrits sur la Liste du patrimoine naturel de l’UNESCO suite aux recommandations de l’IUCN. Les réalités les plus tristes s’observent à la lisière et à l’intérieur de parcs nationaux de Masoala (pilier du Zoo de Zurich en Suisse) et de Marojejy, partie nord-est de Madagascar. Les animaux sauvages, les lémuriens surtout, sont chassés pour servir d’aliments.
Selon un rapport des partenaires des secteurs financier et environnemental, près de 4 000 personnes se trouveraient actuellement illégalement dans le parc nationalxix. Les pilleurs ont également commencé à envahir d’autres zones montagneuses comme Makira, plus au centrexx. Tous ces sites sont réputés pour leur richesse en bois de rose, palissandre et ébène, tant prisés au niveau mondial. En dépit de leur importance écologique, ces milieux sont transformés en points névralgiques de la dévastation.
Un conteneur de bois de rose produit des bénéfices de 36 000 eurosxxi… Voilà pourquoi la blessure du « poumon vert de l’Océan Indien » est toujours saignante. Cette hémorragie est des plus inquiétantes sans une cure intense. Fin juillet, 176 conteneurs illégaux remplis de bois précieux sont confisqués au port d’Iharana (Vohémar) et 500 autres sont parqués en dehors du site portuairexxii. Les pilleurs laissent derrière eux de lourds bilans et découragent complètement les communautés de base et tributaires des forêtsxxiii.
Le montant de 36 000 euros est évidemment énorme à Madagascar et même ailleurs. Toutefois, il est rien par rapport à la valeur réelle de nos bois précieux. Les produits finis se vendent toujours à un prix extrêmement élevé sous d’autres cieux, notamment en Occident. Autrement dit, le pays d’origine de la matière première ne ramasse que pertes et ruines et les gagnants, des vrais escrocs, ne manquent pas à coup sûr de se moquer des « idiots » qui ont accepté de servir leurs sales intérêts. Ils profitent de la pauvreté rurale pour encourager les gens à travailler pour eux.
La triste scène de destruction abusive des forêts à Madagascar a généré des réactions pressantes. La dernière en date est l’alerte donnée par le Dr Russ Mittermeier et publiée le 20 août sur le site de Oneworld.net. Le président de Conservation International a demandé à la communauté internationale d’agir immédiatement pour stopper le « pillage de Madagascar »xxiv. Il y a urgence et non fatalité.
Dix jours plus tôt, les membres du Groupement des opérateurs touristiques de Maroantsetra-Masoala ont adressé une lettre au ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Irène Victoire Andréas. C’est parce que le tourisme connaît de sérieuses difficultés en raison de l’insécurité occasionnée par les coupes illicites de bois dans la régionxxv. Le marasme économique ainsi créé finira par inciter les populations riveraines des parcs à grossir les rangs des hors-la-loi.
A Madagascar, 95 % de la population rurale dépend des ressources forestières. Environ 30 % de ses moyens de subsistance proviennent des forêts et le moindre glissement amènera les plus exposés aux rivages de la tentation. Si la situation de crise demeurera inchangée, l’effectivité de la ‘conservation de la nature’ et du ‘tourisme durable’ à Madagascar devrait être revue pour le court terme.
Dès mars et avril, les puissantes organisations telles que IUCNxxvi, WWF, UNESCO, Conservation International, GTZ, WCS, Durrell Wildlife Conservation Trust… ont appuyé sur la sonnette d’alarme sans les résultats escomptés. Plus de quatre mois plus tard, la douleur des forêts échaudées demeure plus vive que jamais.
L’affaire de bois de rose, de palissandre et d’ébène est un véritable terrain miné et effraie ainsi les autorités même les plus hautes. 04 avril, Andry Rajoelina, l’autoproclamé président de la Haute autorité de Transition à la place du gouvernement légal, a visité la ville de Sambava. « Mais il a soigneusement évité ce sujet (ndlr : le trafic de bois de rose, de palissandre et d’ébène), très sensible dans la région. La coupe a alors repris dès le lendemain avec encore plus d’ardeur… », mentionne le magazine Univers Maoréxxvii.
Le « chat parti, souris danse » décrit mieux la réalité ainsi constatée. Le dicton malgache « farihy maty voay » (lire : un lac peuplé de crocodiles dont le dernier individu vivant vient d’être chassé) fournit une explication sans détours de la circonstance. L’animal sauvage, parmi les plus redoutables au monde, est supposé être le gardien naturel de l’harmonie d’un milieu lacustre, son habitat. Quand le maître du lieu fait défaut ou est anéanti, une perturbation sur fond d’anarchie se serait installée.
Une corruption à grande échelle et des menaces et pressions multipliées sur les responsables ont ponctué la déforestation massive à Madagascarxxviii. Les nombreux témoignages affichés sur le webxxix attestent ces maux. Hauts commis de l’Etat, douaniers, forces de sécurité, élus… ont tous mangé dans le succulent plat de bois précieuxxxx. Bref, le système de contrôle au niveau national est mis à genou au détriment de la terre des ancêtres et des enfants à la fois.
En outre, l’affaiblissement du gouvernement aggrave la situation. Au mois de juin dernier, le ministre de l’Environnement et des Forêts, Mariot Rakotovao, a annoncé le recrutement des 400 nouveaux agents forestiers qui renforceront l’équipe opérationnelle sur le terrain. C’est en tout cas chose promise et non due jusqu’ici. Au contraire, le même ministre a révélé le 17 août le manque flagrant de ressources à la disposition de son administration pour en finir avec les pillages.
« Nous ne disposons pas actuellement de budget de fonctionnement dont 95 % proviennent du financement des bailleurs de fonds, entre autres, la Banque mondiale. Les bailleurs ont bloqué leur financement depuis mars et nous ne pouvons pas assurer la mise en œuvre des projets environnementaux prévus pour cette année », a répondu le ministre à la question des journalistesxxxi. Quel dommage ! Effectivement, les bailleurs de fonds ont cessé d’ouvrir le robinet par suite du coup d’Etat du 17 mars.
« Nous n’avons pas les moyens pour mettre en place des mesures d’accompagnement social aux communautés environnantes des parcs de Masoala et de Marojejy en vue de freiner les exploitations illicites. En outre, la gestion des entrées et sorties dans ces parcs semble encore difficile étant donnée la large superficie de Masoala à Maroantsetra », a ajouté le ministre. Tous les moyens financiers devraient pourtant être bons pour protéger la nature.
Aux yeux de l’Association des Ingénieurs Forestiers Malagasy (AIFM), la disparition à court terme de notre patrimoine forestier et de la biodiversité nationale peut être associée à la mauvaise gouvernance des ressources forestières. « Madagascar accuse plus de 60 millions de dollars de perte rien qu’au cours des sept derniers mois durant lesquels l’exploitation illicite mais ‘légalisée’ de bois de rose et de bois d’ébène a régné », estime Ndrantomahefa Razakamanarina, président de l’AIFMxxxii.
A son avis, l’exploitation légale, durable et équitable des ressources forestières peut rapporter au gouvernement au moins 250 millions de dollars par an (ndlr : redevances et taxes…) et les mannes ainsi ramassées devraient permettre de sauver des dizaines de milliers d’emplois pour les Malgachesxxxiii. Il a entièrement raison. Les 4 millions de dollars attendus du FEM depuis bientôt 3 ans pour les activités du PANA serait seulement 1,6 % des rentes forestières bien gérées.
« Si les forêts sont correctement gérées, elles peuvent aider grandement les communautés vulnérables à s’adapter aux impacts des changements climatiques. Pourtant, si elles ne sont pas gérées de manière durable, elles vont exacerber ces effets », souligne le communiqué de presse du CIFOR cité plus haut. A Madagascar, plus de 75 % des habitants – le nombre total d’habitants est environ 20 millions – vivent encore avec moins de 1 dollar par jour.
Ils auront besoin de ressources forestières pour survivre. Non seulement ils sont pauvres, donc vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques, mais aussi les conséquences de l’actuelle crise politique amplifieront de fait l’ampleur de la pauvreté et accroîtront ainsi leur vulnérabilité. Pour les pauvres communautés rurales, la sécurité alimentaire sera la « sécurité des forêts ».
En fin de compte, les trafiquants de bois précieux à Madagascar et leurs alliés étrangers, quelle que soit leur nationalité, commettent un double crime contre l’humanité. Aussi longtemps qu’ils remuent leurs haïssables haches dans les plaies de nos forêts, ils privent des générations actuelles et futures d’atouts substantiels (naturels et financiers) requis pour les mécanismes d’atténuation et d’adaptation.
Pour bien réfléchir sur les enjeux de la déforestation, on termine ce reportage avec un propos de l’écrivain et politicien français René de Chateaubriand. « Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent », a-t-il dit.
REFERENCES
i Patel, E. R., Logging of Rare Rosewood and Palisandre (Dalbergia spp.) within Marojejy National Park, Madagascar, Madagascar Conservation & Development, volume 2 issue 1, décembre 2007
ii MacKinnon, J. Conservation International Madagascar, Protected areas as tools for addressing climate change and improving human livelihoods: a national perspective, Side Event Madagascar lors de la COP14 de la CCNUCC à Poznan Pologne, 08 décembre 2008
iii L’idée est inspirée du livre écrit par l’auteur et journaliste indépendant français Prolongeau, H., Amazonie, une mort programmée ? paru chez Arthaud, Paris, 11 mai 2009, 210 pages (www.c-durable.info). Aux yeux de Prolongeau, les forêts amazoniennes sont vues comme le « poumon vert de la planète ».
iv Simon, L. L. et al., Increasing carbon storage in intact African tropical forests, Magazine Nature, vol. 457, 19 février 2009
v Ibidem
vi Parker, C. et Mitchell, A., Le Petit Livre du REDD+. Guide de propositions gouvernementales et non gouvernementales visant à réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation de la forêt, Global Canopy Foundation, Oxford Royaume Uni, novembre 2008
vii Vidal, J., Climate change creates new ‘global battlefield’. Warming now causing 300,000 deaths a year, The Guardian weekly. Global views on world events, 5-11 juin 2009
viii Ibidem
ix Saleemul, H. et Jessica, A., Critical list: the 100 nations most vulnerable to climate change, International Institute for Environment and Development, Londres Royaume Uni, décembre 2007
x Gouvernement de Madagascar, Bureau national de gestion des risques et catastrophes naturelles, Antananarivo, 2007
xi Ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts, Programme d’action national d’adaptation, décembre 2006
xii Raharimaniraka, L., Achieving multiple benefits: an overview of the Government of Madagascar’s vision for forest: More than just Pas, Side Event Madagascar lors de la COP14 de la CCNUCC à Poznan Pologne, 08 décembre 2009
xiii Barry, F., REDD in Madagascar: An Overview of Progress, School of International Development, Université d’East Anglia, Norwich Royaume Uni, 20 août 2009
xiv Ibidem
xv PNUE, « Un new deal écologique mondial » - Investir dans l’environnement, une occasion historique pour relancer l’économie et la création d’emplois au 21e siècle, communiqué de presse, Nairobi-Londres, 22 octobre2008
xvi MacKinnon J., Conservation International Madagascar 2008. Protected areas as tools for addressing climate change and improving human livelihoods: a national perspective, Side Event Madagascar lors de la COP14 de la CCNUCC à Poznan Pologne, 08 décembre 2008
xvii Debois, R., Madagascar. Trafic de bois précieux (palissandre et ébène). La fièvre de l’or rouge saigne la forêt malgache, Univers Maoré, numéro 13, juin 2009
xviii Global Witness/Environmental Investigation Agency, Mission d’investigation bois précieux à Madagascar, Antananarivo 28 août 2009
xix Rübel, A. et Bauert, M., Zoo de Zurich. Masoala - L’œil de la forêt est menacé par des coupes de bois illégales, communiqué de presse, 28 août 2009
xx Navalona, R., Ressources naturelles : Des pilleurs par milliers dans les forêts protégées, Midi Madagasikara Antananarivo Madagascar, 28 août 2009
xxi Debois, R., Madagascar. Trafic de bois précieux (palissandre et ébène). La fièvre de l’or rouge saigne la forêt malgache. Univers Maoré, numéro 13, juin 2009
xxii Noro, N., Bois précieux à Vohémar : 72 millions d’Ariary d’amende par container, Les Nouvelles Antananarivo Madagascar, 31 juillet 2009
xxiii Raoeliarivelo, H. P., attachée de presse chez Conservation International Madagascar, mail relatant la visite des sites forestiers dans le corridor Ankeniheny-Zahamena, 28 août 2009
xxiv Nelson, D., The pillage of Madagascar - the International Community must act now, Oneworld.net, Washington DC, 20 août 2009
xxv Njaka, A., Masoala-Maroantsetra : Mirongatra ny fanimbana ala, Taratra Antananarivo Madagascar, 17 août 2009 ; Maka, A., Exploitation illicite de bois de rose - Parc national de Masoala ravagé, La Vérité Antananarivo Madagascar, 19 août 2009
xxvi IUCN statement on Madagascar, 08 avril 2009
xxvii Debois, R., Madagascar. Trafic de bois précieux (palissandre et ébène). La fièvre de l’or rouge saigne la forêt malgache. Univers Maoré, numéro 13, juin 2009
xxviii IUCN statement on Madagascar, 08 avril 2009
xxix Site web de Marojejy, Marojejy in crisis (http://www.marojejy.com/Crise_e.htm), 20 mars 2009 ; Anonyme, Madagascar : Urgence dans la Sava (www.sobika.com), 04 avril 2009
xxx Patel, E. R., Logging of Rare Rosewood and Palisandre (Dalbergia spp.) within Marojejy National Park, Madagascar, Madagascar Conservation & Development, volume 2 issue 1, décembre 2007 ; Hery, M., Bois précieux - Arrêtez le massacre ! La Vérité Antananarivo Madagascar, 30 mars 2009 ; Maka, A. et Lepêcheur, A., Trafics de bois précieux - 193 conteneurs bloqués à Vohémar, La Vérité Antananarivo Madagascar, 06 juin 2009 ; Navalona, R., Trafics de bois précieux : Les acteurs du blanchiment des produits illicites sont nombreux, Midi Madagasikara Antananarivo Madagascar, 04 août 2009 ; Njaka, A., Masoala-Maroantsetra : Mirongatra ny fanimbana ala, Taratra Antananarivo Madagascar, 17 août 2009 ; Maka, A., Exploitation illicite de bois de rose - Parc national de Masoala ravagé, La Vérité Antananarivo Madagascar, 19 août 2009
xxxi Noro, N., Environnement et forêts : Le budget de fonctionnement en crise, Les Nouvelles Antananarivo Madagascar, 18 août 2009
xxxii Rabary, C., Exploitation illicite « légalisée » de bois précieux : « Plus de 60 millions de dollars de perte au cours des sept derniers mois », révèle le président de l’AIFM, Ndranto Razakamanarina, Midi Madagasikara Antananarivo Madagasikara, 21 août 2009
xxxiii Ibidem
Madagascar est sans conteste l’un des pays les plus riches en biodiversité pourtant à la merci de désastreuses activités humaines. En tout et pour tout, Madagascar possède en ce moment quelque 9,5 millions d’hectares de forêts naturelles, environ 15 % des forêts originellesii. Ce potentiel forestier permet à la Grande Ile d’accéder au titre de « poumon vert » de l’Océan Indieniii.
Avec d’autres parties du monde, cet « organisme vivant » joue un rôle vital pour la lutte contre les changements climatiques. « Grâce à leur capacité de capter le carbone de l’atmosphère, les forêts ont le potentiel d’être une part importante des solutions aux changements climatiques », lit-on dans un communiqué de presse du Centre international de recherche en foresterie (CIFOR)iv.
Théoriquement, la couverture forestière de Madagascar absorbe chaque année 5,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone à raison de 0,6 tonne par hectare par an pour les forêts intactes. C’est peut-être une goutte d’eau dans l’océan par rapport aux émissions totales annuelles de 32 milliards de tonnes de CO2 provenant des activités humainesv.
Mais les forêts tropicales comme les nôtres restent à jamais le cheval de bataille de premier ordre pour combattre le réchauffement planétaire. Les forêts tropicales existantes couvrent environ 15 % de la surface totale de la Terre et contiennent environ 25 % du carbone dans la biosphère terrestrevi.
Elles éliminent près de 20 % des quantités de CO2 versées dans l’atmosphère, selon des résultats de recherches. Le magazine Nature de février 2009 confirme que les forêts tropicales aspirent environ 5 milliards de tonnes de CO2 qui auraient contribué à l’augmentation progressive de la température moyenne de notre planète.
Les zones boisées forment l’un des viviers de mécanismes naturels participant à la régulation du régime climatique local. A l’inverse, la déforestation équivaut à la libération des quantités supplémentaires de CO2 dans l’atmosphère, amplifiant ainsi le phénomène naturel d’effet de serre, responsable de la hausse de la température mondiale.
Voilà pourquoi l’on mise aussi beaucoup aujourd’hui sur le programme de réduction des émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts ou REDD. Une autre raison de l’intérêt grandissant à son sujet est plutôt économique. Cette approche nouvelle de la lutte contre le réchauffement global est considérée moins coûteuse que d’autres méthodes d’atténuation et d’adaptation.
Au-delà des services écologiques vitaux comme la rétention d’eau, la conservation de la biodiversité, l’esthétique du paysage…, les forêts anciennes rendent le plus de service à la stabilisation du climat par le piégeage de carbone, d’après les découvertes d’une équipe de chercheurs du CIFOR ayant étudié pendant 40 ans les forêts tropicales de l’Afrique. Des vies humaines seront alors intimement liées à la vie des arbres à la lumière des scénarios futurs des effets néfastes des perturbations climatiques.
Pas plus tard qu’en juin dernier, The Guardian Weekly rapporte des faits, pour le moins alarmants en référence à des données fournies par The Global Humanitarian Forum conduit par l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan. Selon le forum, le monde compte aujourd’hui environ 4 milliards de individus vulnérables dont 500 millions se trouvent dans des situations de risque extrême.
Les changements climatiques sont d’ores et déjà responsables de 300 000 décès par an. S’y ajouteront 200 000 décès supplémentaires par an avant 2030 à cause des vagues de chaleur, inondations, tempêtes et destruction des forêts, selon les prévisions. Tout cela, sans parler de pertes subies par l’économie mondiale évaluées à plus de 125 milliards de dollars par anvii.
Mais les dégâts économiques causés par les perturbations climatiques s’élèveront à 600 milliards de dollars par an d’ici 2030viii. De quoi se demander sur l’avenir des aides internationales en faveur des nations pauvres et leurs habitants, les plus durement affectés par les bouleversements actuels et futurs. Le développement des pays les moins avancés sera à jamais problématique dans ce contexte.
Pour ce qui est du cas de Madagascar, la Grande Ile figure parmi les 100 pays les plus vulnérables d’après l’Institut international pour l’environnement et le développementix. Rien que dans le secteur de production de riz, l’aliment de base pour la majorité des Malgaches, les dégâts cumulés entre 1968 et 2007 correspondent à 125 millions de tonnes de paddy perdues. Pour la même période, les phénomènes climatiques extrêmes ont coûté la vie à 1 365 individusx.
Etant Partie à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques et un des pays les moins avancés, Madagascar a formulé en 2006 son Programme d’action national d’adaptation ou PANA. Une demande de financement s’élevant à près de 4 millions de dollars pour la mise en œuvre du programme est soumise au secrétariat du Fonds pour l’environnement mondial ou FEM. La foresterie figure parmi les 5 secteurs prioritairesxi. Malgré l’urgence, le bailleur n’a pas donné suite à la requête malgache jusqu’à présent.
Le dérèglement climatique devient en effet un champ de bataille mondial qui fait qu’une attention particulière soit portée sur les pays pauvres ou en développement mais dont le potentiel forestier est considérable. Cinq grands projets pilotes REDDxii sont en cours à Madagascar dans ce sens. Ils sont conduits par d’importantes ONGs internationales et concernent 16 sites d’une surface totale de 1 762 400 ha. Leur potentiel en carbone est estimé à 40-45 millions de tonnes pour les 30 prochaines annéesxiii.
Il existe à Madagascar 47 aires protégées établies selon les catégories I, II et IV de l’IUCN, et, 23 nouvelles aires protégées (à statuts temporaires) selon les catégories V et VI représentant une surface totale de 4 344 194 ha. L’officialisation de 62 nouvelles aires protégées additionnelles (à statuts temporaires aussi) de 2 451 054 ha devrait être effective cette année 2009xiv.
Certes, la nation malgache ambitionne depuis quelque temps de devenir un leader mondial en matière de bonnes pratiques environnementales. Investir dans l’environnement, c’est protéger des vies, relancer l’économie et amorcer la création d’emplois au XXIe siècle, selon l’initiative « New deal de l’écologie mondiale » (PNUE, 2008)xv.
Pour le moment, les coûts estimés des aires protégées existantes sont de 23 millions de dollars alors que leur potentiel en termes de revenus (entrées de parcs, donations…) est d’environ 15 millions de dollars par anxvi. Mais la crise politique ayant secoué le pays depuis le début de l’année a ouvert la boîte de Pandore au patrimoine forestier malgache par-dessus les cas choquants signalés dans les années précédentes. Elle a non seulement compromis les activités prévues mais aussi a mis en péril la nature unique au monde. Quelle triste ironie du sort pour notre pays !
Les gros arbres et de bonne qualité – dont les apports à la lutte contre le réchauffement climatique sont expliqués ci-dessus – sont illégalement abattus les uns après les autres et ont alimenté un réseau criminel international de trafic illégal de bois précieux à l’avantage d’une minorité assoiffée d’argent facile et de mèche avec des opérateurs chinois. Plus de 90 % du trafic illicite de Madagascar se fait en Chine, le plus gros consommateur mondial de bois tropicalxvii. Les Etats-Unis via Chine et l’Allemagne aussi sont autant d'acheteurs internationauxxviii.
« Quand nous plantons des arbres, nous semons les graines de la paix et de l’espérance ». Ce propos de Wangari Maathai est un coup d’épée dans l’eau pour la mafieuse minorité agissante à Madagascar, l’île rouge, et au pays de la révolution rouge. Ce que les trafiquants font, c’est le contraire de l’idéal exprimé par la lauréate du Prix Nobel kenyane (2004). Eux, ils tuent la poule aux œufs d’or, et, du coup, répandent les graines de la désolation.
La cupidité et la voracité égoïste ont frénétiquement écumé à l’intérieur même des sites nouvellement inscrits sur la Liste du patrimoine naturel de l’UNESCO suite aux recommandations de l’IUCN. Les réalités les plus tristes s’observent à la lisière et à l’intérieur de parcs nationaux de Masoala (pilier du Zoo de Zurich en Suisse) et de Marojejy, partie nord-est de Madagascar. Les animaux sauvages, les lémuriens surtout, sont chassés pour servir d’aliments.
Selon un rapport des partenaires des secteurs financier et environnemental, près de 4 000 personnes se trouveraient actuellement illégalement dans le parc nationalxix. Les pilleurs ont également commencé à envahir d’autres zones montagneuses comme Makira, plus au centrexx. Tous ces sites sont réputés pour leur richesse en bois de rose, palissandre et ébène, tant prisés au niveau mondial. En dépit de leur importance écologique, ces milieux sont transformés en points névralgiques de la dévastation.
Un conteneur de bois de rose produit des bénéfices de 36 000 eurosxxi… Voilà pourquoi la blessure du « poumon vert de l’Océan Indien » est toujours saignante. Cette hémorragie est des plus inquiétantes sans une cure intense. Fin juillet, 176 conteneurs illégaux remplis de bois précieux sont confisqués au port d’Iharana (Vohémar) et 500 autres sont parqués en dehors du site portuairexxii. Les pilleurs laissent derrière eux de lourds bilans et découragent complètement les communautés de base et tributaires des forêtsxxiii.
Le montant de 36 000 euros est évidemment énorme à Madagascar et même ailleurs. Toutefois, il est rien par rapport à la valeur réelle de nos bois précieux. Les produits finis se vendent toujours à un prix extrêmement élevé sous d’autres cieux, notamment en Occident. Autrement dit, le pays d’origine de la matière première ne ramasse que pertes et ruines et les gagnants, des vrais escrocs, ne manquent pas à coup sûr de se moquer des « idiots » qui ont accepté de servir leurs sales intérêts. Ils profitent de la pauvreté rurale pour encourager les gens à travailler pour eux.
La triste scène de destruction abusive des forêts à Madagascar a généré des réactions pressantes. La dernière en date est l’alerte donnée par le Dr Russ Mittermeier et publiée le 20 août sur le site de Oneworld.net. Le président de Conservation International a demandé à la communauté internationale d’agir immédiatement pour stopper le « pillage de Madagascar »xxiv. Il y a urgence et non fatalité.
Dix jours plus tôt, les membres du Groupement des opérateurs touristiques de Maroantsetra-Masoala ont adressé une lettre au ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Irène Victoire Andréas. C’est parce que le tourisme connaît de sérieuses difficultés en raison de l’insécurité occasionnée par les coupes illicites de bois dans la régionxxv. Le marasme économique ainsi créé finira par inciter les populations riveraines des parcs à grossir les rangs des hors-la-loi.
A Madagascar, 95 % de la population rurale dépend des ressources forestières. Environ 30 % de ses moyens de subsistance proviennent des forêts et le moindre glissement amènera les plus exposés aux rivages de la tentation. Si la situation de crise demeurera inchangée, l’effectivité de la ‘conservation de la nature’ et du ‘tourisme durable’ à Madagascar devrait être revue pour le court terme.
Dès mars et avril, les puissantes organisations telles que IUCNxxvi, WWF, UNESCO, Conservation International, GTZ, WCS, Durrell Wildlife Conservation Trust… ont appuyé sur la sonnette d’alarme sans les résultats escomptés. Plus de quatre mois plus tard, la douleur des forêts échaudées demeure plus vive que jamais.
L’affaire de bois de rose, de palissandre et d’ébène est un véritable terrain miné et effraie ainsi les autorités même les plus hautes. 04 avril, Andry Rajoelina, l’autoproclamé président de la Haute autorité de Transition à la place du gouvernement légal, a visité la ville de Sambava. « Mais il a soigneusement évité ce sujet (ndlr : le trafic de bois de rose, de palissandre et d’ébène), très sensible dans la région. La coupe a alors repris dès le lendemain avec encore plus d’ardeur… », mentionne le magazine Univers Maoréxxvii.
Le « chat parti, souris danse » décrit mieux la réalité ainsi constatée. Le dicton malgache « farihy maty voay » (lire : un lac peuplé de crocodiles dont le dernier individu vivant vient d’être chassé) fournit une explication sans détours de la circonstance. L’animal sauvage, parmi les plus redoutables au monde, est supposé être le gardien naturel de l’harmonie d’un milieu lacustre, son habitat. Quand le maître du lieu fait défaut ou est anéanti, une perturbation sur fond d’anarchie se serait installée.
Une corruption à grande échelle et des menaces et pressions multipliées sur les responsables ont ponctué la déforestation massive à Madagascarxxviii. Les nombreux témoignages affichés sur le webxxix attestent ces maux. Hauts commis de l’Etat, douaniers, forces de sécurité, élus… ont tous mangé dans le succulent plat de bois précieuxxxx. Bref, le système de contrôle au niveau national est mis à genou au détriment de la terre des ancêtres et des enfants à la fois.
En outre, l’affaiblissement du gouvernement aggrave la situation. Au mois de juin dernier, le ministre de l’Environnement et des Forêts, Mariot Rakotovao, a annoncé le recrutement des 400 nouveaux agents forestiers qui renforceront l’équipe opérationnelle sur le terrain. C’est en tout cas chose promise et non due jusqu’ici. Au contraire, le même ministre a révélé le 17 août le manque flagrant de ressources à la disposition de son administration pour en finir avec les pillages.
« Nous ne disposons pas actuellement de budget de fonctionnement dont 95 % proviennent du financement des bailleurs de fonds, entre autres, la Banque mondiale. Les bailleurs ont bloqué leur financement depuis mars et nous ne pouvons pas assurer la mise en œuvre des projets environnementaux prévus pour cette année », a répondu le ministre à la question des journalistesxxxi. Quel dommage ! Effectivement, les bailleurs de fonds ont cessé d’ouvrir le robinet par suite du coup d’Etat du 17 mars.
« Nous n’avons pas les moyens pour mettre en place des mesures d’accompagnement social aux communautés environnantes des parcs de Masoala et de Marojejy en vue de freiner les exploitations illicites. En outre, la gestion des entrées et sorties dans ces parcs semble encore difficile étant donnée la large superficie de Masoala à Maroantsetra », a ajouté le ministre. Tous les moyens financiers devraient pourtant être bons pour protéger la nature.
Aux yeux de l’Association des Ingénieurs Forestiers Malagasy (AIFM), la disparition à court terme de notre patrimoine forestier et de la biodiversité nationale peut être associée à la mauvaise gouvernance des ressources forestières. « Madagascar accuse plus de 60 millions de dollars de perte rien qu’au cours des sept derniers mois durant lesquels l’exploitation illicite mais ‘légalisée’ de bois de rose et de bois d’ébène a régné », estime Ndrantomahefa Razakamanarina, président de l’AIFMxxxii.
A son avis, l’exploitation légale, durable et équitable des ressources forestières peut rapporter au gouvernement au moins 250 millions de dollars par an (ndlr : redevances et taxes…) et les mannes ainsi ramassées devraient permettre de sauver des dizaines de milliers d’emplois pour les Malgachesxxxiii. Il a entièrement raison. Les 4 millions de dollars attendus du FEM depuis bientôt 3 ans pour les activités du PANA serait seulement 1,6 % des rentes forestières bien gérées.
« Si les forêts sont correctement gérées, elles peuvent aider grandement les communautés vulnérables à s’adapter aux impacts des changements climatiques. Pourtant, si elles ne sont pas gérées de manière durable, elles vont exacerber ces effets », souligne le communiqué de presse du CIFOR cité plus haut. A Madagascar, plus de 75 % des habitants – le nombre total d’habitants est environ 20 millions – vivent encore avec moins de 1 dollar par jour.
Ils auront besoin de ressources forestières pour survivre. Non seulement ils sont pauvres, donc vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques, mais aussi les conséquences de l’actuelle crise politique amplifieront de fait l’ampleur de la pauvreté et accroîtront ainsi leur vulnérabilité. Pour les pauvres communautés rurales, la sécurité alimentaire sera la « sécurité des forêts ».
En fin de compte, les trafiquants de bois précieux à Madagascar et leurs alliés étrangers, quelle que soit leur nationalité, commettent un double crime contre l’humanité. Aussi longtemps qu’ils remuent leurs haïssables haches dans les plaies de nos forêts, ils privent des générations actuelles et futures d’atouts substantiels (naturels et financiers) requis pour les mécanismes d’atténuation et d’adaptation.
Pour bien réfléchir sur les enjeux de la déforestation, on termine ce reportage avec un propos de l’écrivain et politicien français René de Chateaubriand. « Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent », a-t-il dit.
REFERENCES
i Patel, E. R., Logging of Rare Rosewood and Palisandre (Dalbergia spp.) within Marojejy National Park, Madagascar, Madagascar Conservation & Development, volume 2 issue 1, décembre 2007
ii MacKinnon, J. Conservation International Madagascar, Protected areas as tools for addressing climate change and improving human livelihoods: a national perspective, Side Event Madagascar lors de la COP14 de la CCNUCC à Poznan Pologne, 08 décembre 2008
iii L’idée est inspirée du livre écrit par l’auteur et journaliste indépendant français Prolongeau, H., Amazonie, une mort programmée ? paru chez Arthaud, Paris, 11 mai 2009, 210 pages (www.c-durable.info). Aux yeux de Prolongeau, les forêts amazoniennes sont vues comme le « poumon vert de la planète ».
iv Simon, L. L. et al., Increasing carbon storage in intact African tropical forests, Magazine Nature, vol. 457, 19 février 2009
v Ibidem
vi Parker, C. et Mitchell, A., Le Petit Livre du REDD+. Guide de propositions gouvernementales et non gouvernementales visant à réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation de la forêt, Global Canopy Foundation, Oxford Royaume Uni, novembre 2008
vii Vidal, J., Climate change creates new ‘global battlefield’. Warming now causing 300,000 deaths a year, The Guardian weekly. Global views on world events, 5-11 juin 2009
viii Ibidem
ix Saleemul, H. et Jessica, A., Critical list: the 100 nations most vulnerable to climate change, International Institute for Environment and Development, Londres Royaume Uni, décembre 2007
x Gouvernement de Madagascar, Bureau national de gestion des risques et catastrophes naturelles, Antananarivo, 2007
xi Ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts, Programme d’action national d’adaptation, décembre 2006
xii Raharimaniraka, L., Achieving multiple benefits: an overview of the Government of Madagascar’s vision for forest: More than just Pas, Side Event Madagascar lors de la COP14 de la CCNUCC à Poznan Pologne, 08 décembre 2009
xiii Barry, F., REDD in Madagascar: An Overview of Progress, School of International Development, Université d’East Anglia, Norwich Royaume Uni, 20 août 2009
xiv Ibidem
xv PNUE, « Un new deal écologique mondial » - Investir dans l’environnement, une occasion historique pour relancer l’économie et la création d’emplois au 21e siècle, communiqué de presse, Nairobi-Londres, 22 octobre2008
xvi MacKinnon J., Conservation International Madagascar 2008. Protected areas as tools for addressing climate change and improving human livelihoods: a national perspective, Side Event Madagascar lors de la COP14 de la CCNUCC à Poznan Pologne, 08 décembre 2008
xvii Debois, R., Madagascar. Trafic de bois précieux (palissandre et ébène). La fièvre de l’or rouge saigne la forêt malgache, Univers Maoré, numéro 13, juin 2009
xviii Global Witness/Environmental Investigation Agency, Mission d’investigation bois précieux à Madagascar, Antananarivo 28 août 2009
xix Rübel, A. et Bauert, M., Zoo de Zurich. Masoala - L’œil de la forêt est menacé par des coupes de bois illégales, communiqué de presse, 28 août 2009
xx Navalona, R., Ressources naturelles : Des pilleurs par milliers dans les forêts protégées, Midi Madagasikara Antananarivo Madagascar, 28 août 2009
xxi Debois, R., Madagascar. Trafic de bois précieux (palissandre et ébène). La fièvre de l’or rouge saigne la forêt malgache. Univers Maoré, numéro 13, juin 2009
xxii Noro, N., Bois précieux à Vohémar : 72 millions d’Ariary d’amende par container, Les Nouvelles Antananarivo Madagascar, 31 juillet 2009
xxiii Raoeliarivelo, H. P., attachée de presse chez Conservation International Madagascar, mail relatant la visite des sites forestiers dans le corridor Ankeniheny-Zahamena, 28 août 2009
xxiv Nelson, D., The pillage of Madagascar - the International Community must act now, Oneworld.net, Washington DC, 20 août 2009
xxv Njaka, A., Masoala-Maroantsetra : Mirongatra ny fanimbana ala, Taratra Antananarivo Madagascar, 17 août 2009 ; Maka, A., Exploitation illicite de bois de rose - Parc national de Masoala ravagé, La Vérité Antananarivo Madagascar, 19 août 2009
xxvi IUCN statement on Madagascar, 08 avril 2009
xxvii Debois, R., Madagascar. Trafic de bois précieux (palissandre et ébène). La fièvre de l’or rouge saigne la forêt malgache. Univers Maoré, numéro 13, juin 2009
xxviii IUCN statement on Madagascar, 08 avril 2009
xxix Site web de Marojejy, Marojejy in crisis (http://www.marojejy.com/Crise_e.htm), 20 mars 2009 ; Anonyme, Madagascar : Urgence dans la Sava (www.sobika.com), 04 avril 2009
xxx Patel, E. R., Logging of Rare Rosewood and Palisandre (Dalbergia spp.) within Marojejy National Park, Madagascar, Madagascar Conservation & Development, volume 2 issue 1, décembre 2007 ; Hery, M., Bois précieux - Arrêtez le massacre ! La Vérité Antananarivo Madagascar, 30 mars 2009 ; Maka, A. et Lepêcheur, A., Trafics de bois précieux - 193 conteneurs bloqués à Vohémar, La Vérité Antananarivo Madagascar, 06 juin 2009 ; Navalona, R., Trafics de bois précieux : Les acteurs du blanchiment des produits illicites sont nombreux, Midi Madagasikara Antananarivo Madagascar, 04 août 2009 ; Njaka, A., Masoala-Maroantsetra : Mirongatra ny fanimbana ala, Taratra Antananarivo Madagascar, 17 août 2009 ; Maka, A., Exploitation illicite de bois de rose - Parc national de Masoala ravagé, La Vérité Antananarivo Madagascar, 19 août 2009
xxxi Noro, N., Environnement et forêts : Le budget de fonctionnement en crise, Les Nouvelles Antananarivo Madagascar, 18 août 2009
xxxii Rabary, C., Exploitation illicite « légalisée » de bois précieux : « Plus de 60 millions de dollars de perte au cours des sept derniers mois », révèle le président de l’AIFM, Ndranto Razakamanarina, Midi Madagasikara Antananarivo Madagasikara, 21 août 2009
xxxiii Ibidem
Libellés :
biodiversity,
climate change,
deforestation,
vulnerability
Thursday, 25 June 2009
Trouble politique : Un patrimoine mondial « en péril » à Madagascar
Le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco se réunit à Séville Espagne du 22 au 30 juin pour étudier les états de conservation de 178 sites et inscrire de nouveaux biens. Entre autres, les participants auront certainement à examiner le cas de Madagascar lors de cette session.
Si l’explosion du 26 janvier dernier à Antananarivo a viré aux émeutes et aux pillages aussi bien orchestrés que meurtriers, elle l’a été encore plus pour les forêts naturelles. Une véritable loi de la jungle a régné de février à mars à Madagascar. Des bandes armées ont envahi des aires protégées et ont agi à la manière de guérilleros au profit des exploitations illicites des bois précieux.
Elles ont profité du trouble politique pour opérer une razzia un peu partout dans l’île, un hotspot de la biodiversité mondiale. Selon James MacKinnon de Conservation International Madagascar, le taux de déforestation des aires protégées est de 0,13 % par an contre 0,65 % pour les aires non protégées. Mais, en temps de crise, les pillages des forêts sont intenses et incontrôlés.
« Tous les bailleurs et partenaires sont au courant de la destruction abusive de nos forêts », a confié Guy Suzon Ramangason, directeur général de Madagascar National Parks, au cours d’une rencontre privée en avril. « Nous, organismes non gouvernementaux œuvrant pour la conservation des ressources naturelles pour le bien durable des communautés locales, tenons à exprimer notre vive inquiétude face à la dévastation actuelle des ressources naturelles du pays », lit-on dans un communiqué daté du 27 mars.
En effet, l’Unesco, qui a inscrit en juin 2007 six sites naturels à Madagascar sur la Liste du patrimoine mondial, a tiré sur la sonnette d’alarme en publiant, à son tour, un communiqué le 03 avril. L’Union mondiale pour la nature (UICN) lui emboîte les pas cinq jours plus tard. L’organisme a souhaité que la conservation reprendrait comme une priorité pour l’avenir du pays.
« L’ensemble du pays est touché », a signalé Ramenason, directeur régional de l’Environnement, des Forêts et du Tourisme (DREFT) pour la région Alaotra-Mangoro. Son homologue de la région Melaky, dans le centre ouest, Dina Rakotoarisoa, a rapporté avec tristesse des faits avérés dans sa propre circonscription.
« Pour le moment (ndlr : en avril), il est impossible de faire l’évaluation des dégâts nationaux. Mais une chose est sûre. Les préjudices sont extrêmement importants et irrémédiables », selon Herilala Randriamahazo, biologiste marin au sein de Wildlife Conservation Society. Dr. Lyly-Arison René de Roland, directeur national de Peregrine Fund partage cette idée en précisant que l’état zéro de la crise n’est pas encore effectif en ce moment.
Les parcs nationaux de Marojejy et de Masoala, dans le nord, ont constitué le centre névralgique des violations graves dès le début de la crise. Peuplée de forêts pluviales, cette zone géographique est potentiellement riche en bois de rose (D. baronii, D. louveli), une espèce endémique nationale. Cette partie de l’île aussi produisait durant des années la meilleure qualité de vanille dans le monde.
Les deux aires protégées citées plus haut font partie des forêts humides de l’Atsinanana. Elles sont parmi les six sites malgaches inscrits en 2007 sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. A savoir qu’un patrimoine mondial est doté d’une valeur universelle exceptionnelle et répond à certains critères. C’est le cas du Tsingy de Bemaraha et la colline bleue d’Ambohimanga depuis les années 90.
Mais voilà que moins de deux ans seulement après sa reconnaissance, le nouveau patrimoine mondial à Madagascar a été sujet à une volonté destructrice presque haineuse, ravageuse et sans contrôle en dépit des principes de la Convention adoptée le 16 novembre 1972 à Paris par l’Unesco.
La paralysie de l’Administration malgache et l’embarras de ses alliés en février-mars ont aggravé la situation. « Le responsable de la conservation à Marojejy a appelé pour m’informer des infractions commises par des groupes d’hommes armés à l’intérieur du parc. Ils ont proféré des menaces et ont abattu des arbres. C’est triste ce qui se passe chez nous et nous devons en tirer des leçons », a témoigné Dr. Lyly-Arison.
Les gens de bonne volonté ont été réduits à néant en présence de la capacité destructrice des pilleurs. « Les communautés locales, conscientes de la nécessité de préserver ces ressources et qui tentent de s’opposer à ces coupes et trafics sauvages et illégaux, sont menacées de représailles », a noté l’Unesco dans son communiqué.
Depuis 2007, des mesures strictes ont été en application concernant les bois de forêt en général et le bois de rose en particulier à Madagascar. Ainsi est-il formellement interdit d’exporter des bois à l’état brut. Seuls les produits semi travaillés et finis ont été autorisés à franchir les frontières. Les réglementations visent les pratiques frauduleuses à l’exportation.
Le gouvernement malgache a alors confisqué plusieurs milliers de troncs de bois précieux non travaillés d’une valeur de plusieurs millions de dollars aux ports d’Antalaha, Iharana (Vohémar) et Toamasina. Des quantités de bois ont été ramenées à Antananarivo, la capitale, pour y être entreposées et des ventes aux enchères sont prévues à leur sujet. Des appels d’offre internationaux ont même été lancés à cet effet.
Parallèlement, la mise en place depuis 2005 du Bureau indépendant anti-corruption a inhibé des frustrations sporadiques. L’initiative a eu un effet psychologique sur les gens malhonnêtes. Grâce à la lutte contre la corruption, des destructions de la nature auraient pu être évitées au petit bonheur des écologistes.
Mais la crise de 2009, qui a provoqué l’absence temporaire de l’Etat, a réveillé les vieux démons. Les incorrigibles corrupteurs se sont alors servis de l’arrêté interministériel n° 003-2009 du 28 janvier 2009, qui a de nouveau autorisé à titre exceptionnel l’exportation à l’état brut des stocks de bois précieux encore non liquidés, pour justifier leurs actions.
De la sorte, ces gens-là auraient bien pu « rattraper à grande vitesse en si peu de temps les rentes perdues ». « L’arrêté interministériel a été une erreur fatale commise par le gouvernement », a déploré Madagascar National Parks. Certes, des réseaux mafieux vivaient et continuent de vivre du très juteux commerce de bois de rose. L’instabilité politique les a mis dans une position confortable.
Vers mi-mars, près de 175 containers de bois de rose ont quitté le port d’Iharana pour la Chine via l’île Maurice. De source sûre, 150 containers (aux environs de 300 tonnes à raison de 20 tonnes par container) de bois de rose sont exportés chaque semaine à partir de ce port secondaire. En réalité, le cours du bois de rose a explosé ces temps-ci.
Un tronçon de 1 à 2 m qui pèse entre 100 et 200 kilos a coûté 70-140 dollars en 2005. En d’autres mots, le bois précieux est une aubaine pour les paysans victimes de la chute vertigineuse du prix de la vanille. Le kilo a diminué de 230 dollars en 2003 à 25 dollars en 2005. La crise a donc été une opportunité à saisir pour les individus sans scrupules et avides d’argent facile qui emploient des pauvres gens en aval.
« La forêt malgache est en train de partir en Chine à coups de centaines de containers », a-t-on lit sur Sobika.com en avril. La même source a cité que « des exportateurs de bois de la région arrosent à coups de cinquantaine de millions (en monnaie nationale) les Autorités locales et les forces de sécurité en passant par les douaniers ».
En amont, la complicité et la corruption à grande échelle sont l’ennemi potentiel de la biodiversité nationale. « Elles (ndlr : Autorités locales et forces de sécurité) sont toutes corrompues et ferment les yeux sur ces exportations illicites. Le poids déclaré est inférieur au poids réel exporté. Le poids déclaré est de 20 tonnes or le poids effectif est de 30 tonnes », a noté Sobika.com.
Selon Alphonse Maka (cf. La Vérité du 06/06/09), le nombre de containers exportés et déclarés entre 03 février (date du premier envoi) et 28 mars 2009 a été de 346. Néanmoins, 815 containers ont été réellement exportés durant cette période. Soit 469 conteneurs non déclarés représentant près de Ar. 6 milliards ou environ 3 millions de dollars de manque à gagner pour l’Etat, selon les révélations du journaliste.
L’année dernière, la célèbre magistrate franco-norvégienne Eva Joly a énergiquement dénoncé la corruption actionnée par les multinationales qui pompent en toute impunité les ressources naturelles des pays pauvres. Le cas malgache en début 2009 correspond à ses accusations même si aucun exemple n’a été cité. Sans doute, des opérateurs à Madagascar sont en collaboration avec de grosses firmes industrielles basées en Asie.
L’instabilité politique menace de dévaster la faune et la flore endémiques nationales. Erik R. Patel, chercheur à la Cornell University (Etats-Unis), craint fort pour le silky sifaka (Propithecus candidus). Cette espèce de lémurien, « critiquement en danger » selon la liste rouge de l’Union mondiale pour la nature, vit uniquement dans les forêts de bois de rose, elles-mêmes sont « vulnérables » selon la classification.
Des parcs ont dû être fermés momentanément aux touristes à cause de l’insécurité au pays. Du coup, des activités liées au secteur ont cessé de tourner. En conséquence, des habitants se sont rabattus à la biodiversité. Ils ont chassé et mangé des animaux sauvages et ont brûlé les forêts… Là, c’est une preuve de la faible réussite des efforts visant à développer le réflexe environnemental chez les citoyens.
Selon le constat, il est devenu une tradition pour les Malgaches de se retourner contre l’environnement chaque fois qu’une crise se déclenche. « Quoi qu’il advienne, nous ne devons pas agir de la sorte », juge Dr. Jonah Ratsimbazafy, coordinateur scientifique de Durrell Wildlife Conservation Trust.
Madagascar, un sanctuaire de la nature, est en péril. Le pays est en train d’être dépouillé de ses joyaux naturels tant que la crise perdure. Selon le directeur Ramenason, des centaines d’orpailleurs et de chercheurs de pierres précieuses ont envahi les forêts de Zahamena, à l’est d’Ambatondrazaka, un des sites classés patrimoine mondial de l’Unesco en 2007.
« Le corridor Ankeniheny-Zahamena a été pris d’assaut », a confirmé le directeur général Guy Suzon Ramangason. Malgré eux, Ramenason et son équipe ont assisté avec accablement à la triste scène de destruction sauvage des forêts. « La loi est partie avec Marc Ravalomanana », ont brandi les profiteurs contre la moindre tentative de répression dans le cadre légal.
Dans la même foulée, la situation de la bande forestière dans la commune rurale d’Ifito (Toamasina II), à la lisière d’Ankeniheny-Zahamena, a été des plus alarmantes, d’après un mail de Gervais Randrianalison, président de la Plateforme corridor Ankeniheny-Zahamena (PLACAZ).
Les responsables ministériels semblent avoir été pris de court face à l’ampleur du désastre écologique en février-mars. Ils ont été pour la plupart non joignables au téléphone. Ils ont évité de se prononcer sur l’affaire. Ils ont eu raison de se mettre sur la défensive. Ils ont été aussi parmi les plus vulnérables durant le temps fort de la crise.
L’extrême vigilance des uns s’est toutefois doublée de l’irresponsabilité des autres. « Les militaires, gendarmes et policiers sont retenus ailleurs au lieu de traquer les criminels en pleine nature », a clamé un environnementaliste requérant l’anonymat. C’est seulement après la prise du pouvoir le 17 mars par la Haute Autorité de la Transition (HAT) que des campements de la Gendarmerie nationale sont plantés à l’intérieur des parcs dans le nord.
Les agents civils déployés dans la brousse ont quitté leurs postes au moment où la crise a atteint son paroxysme. Ceux de Madagascar National Parks sont tout même restés actifs et ont eu le courage d’affronter seuls les assaillants tels des hordes qui se battent pour la survie.
Selon des confidences, les commanditaires du massacre dans le nord sont identifiés. De sévères sanctions sont envisagées à leur encontre. Des descentes de contrôle ont eu lieu en avril et mai. Mais seuls une cinquantaine de « petits poissons » sont rattrapés et envoyés en prison.
Il paraît impossible de mettre la main sur les vrais acteurs qui seraient protégés par des hautes personnalités. Pas plus tard que le 03 juin dernier, quelque 410 rondins de bois de rose en route pour la capitale de l’artisanat (Ambositra) sont saisis à Ampanotokana Mahitsy. Mais l’identité de leur « vrai » propriétaire n’est jamais révélée malgré la forte médiatisation de l’épisode.
Vendredi 19 juin encore, des membres de la HAT sont montés au créneau pour dénoncer les excès de zèle concernant l’exportation de bois de rose. Les opérateurs sont tenus de payer Ar. 60 millions, soit 22 220 euros, par container s’ils ne doivent s’acquitter uniquement de taxe et de ristourne.
Le ministre de l’Environnement des Forêts de la HAT, Mariot Rakotovao, est le « percepteur principal » de cette « surtaxe » imposée aux opérateurs, selon Thomas Tsimiondra, qui n’a fait ni une ni deux pour prononcer son nom devant la presse. Le gouvernement de Monja Roindefo devrait fournir des explications à ce sujet.
Dès son accession au pouvoir en 2002, Marc Ravalomanana a multiplié les décisions en faveur de la biodiversité malgache. Moins de deux ans après sa reconduction le 03 décembre 2006, l’Armée a soutenu l’ancien DJ Andry Rajoelina, alors 34 ans, pour pousser le Président élu à la porte de sortie. Depuis son départ, le Président déchu est accusé, lui aussi, de trafic de bois précieux par ses « chasseurs ».
Les Malgaches sont loin de prêter attention aux enjeux majeurs de la déforestation dans l’état actuel des changements climatiques et aux services écologiques rendus par les forêts naturelles à l’Humanité ainsi qu’aux générations futures. Par le phénomène de photosynthèse, les arbres captent et séquestrent les C02 libérés dans l’atmosphère et en diminuent ainsi le volume.
Le monde entier cherche aujourd’hui les moyens pour atténuer les impacts du réchauffement global de la planète. La protection des forêts tropicales occupe une place prépondérante dans le processus mondial de lutte contre les changements climatiques. En revanche, l’on prend le plaisir de détruire le peu qui reste à Madagascar. Seuls quelque 9,5 millions d’hectares des forêts originelles existent dans l’île aujourd’hui. Tout a disparu et les crises récurrentes ne font qu’alourdir le bilan.
Une étude d’évaluation scientifique devrait être effectuée afin de déterminer l’inscription ou non des sites malgaches saccagés durant la crise de 2009 sur la liste du « patrimoine mondial en péril » aux côtés des parcs nationaux en Afrique (http://whc.unesco.org/fr/peril).
De l’avis du Dr. Lyly-Arison, il est souhaitable de remonter à 1975 comme temps 0 pour avoir des données sans biais s’il s’avère indispensable d’évaluer les pertes de la biodiversité au niveau national. D’après lui, c’est l’année où les Malgaches ont commencé à participer de manière active à la gestion de l’environnement à Madagascar. Les étrangers ont eu encore tout en main de 1972 à 1974.
Par ailleurs, l’évaluation doit nécessairement passer par deux étapes : de 1975 à 1990 et de 1990 à 2009. Si la première période a vu la création de nouvelles aires protégées avec la participation effective des Malgaches, la deuxième se singularise par la création de l’Association nationale de gestion des aires protégées devenue Madagascar National Parks en 2008.
A noter que des aires protégées étaient créées avant l’indépendance de 1960. C’est le cas, par exemple, du parc de la Montagne d’Ambre, dans la partie septentrionale de l’île, dès 1958. Également, beaucoup d’autres sites étaient classés “réserve naturelle intégrale” (RNI) bien avant 1975.
« Beaucoup de recherches doivent être menées mais les Autorités nous empêchent toujours de dire les vérités », s’indigne un chercheur.
Encadré :
Vendredi 26 juin, le Comité du patrimoine mondial en réunion à Séville a décidé l’inscription de deux nouveaux sites sur la Liste du patrimoine mondial. Il s’agit de Wadden Sea de la zone costale d’Allemagne et de Nederland et des montagnes de Dolomites en Italie. Par contre, le même Comité a statué jeudi 25 juin sur le retrait de Dresde, un patrimoine mondial en Allemagne, de la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. « Chaque fois que nous échouons dans la protection d’un site, nous partageons la peine que cela représente pour l’Etat partie », a déclaré María Jesús San Segundo, ambassadrice, déléguée permanente de l’Espagne auprès de l’Unesco, qui préside la 33e session du Comité du patrimoine mondial réuni à Séville.
* L’article initial a été rédigé en avril 2009 mais une mise à jour s’impose après.
Si l’explosion du 26 janvier dernier à Antananarivo a viré aux émeutes et aux pillages aussi bien orchestrés que meurtriers, elle l’a été encore plus pour les forêts naturelles. Une véritable loi de la jungle a régné de février à mars à Madagascar. Des bandes armées ont envahi des aires protégées et ont agi à la manière de guérilleros au profit des exploitations illicites des bois précieux.
Elles ont profité du trouble politique pour opérer une razzia un peu partout dans l’île, un hotspot de la biodiversité mondiale. Selon James MacKinnon de Conservation International Madagascar, le taux de déforestation des aires protégées est de 0,13 % par an contre 0,65 % pour les aires non protégées. Mais, en temps de crise, les pillages des forêts sont intenses et incontrôlés.
« Tous les bailleurs et partenaires sont au courant de la destruction abusive de nos forêts », a confié Guy Suzon Ramangason, directeur général de Madagascar National Parks, au cours d’une rencontre privée en avril. « Nous, organismes non gouvernementaux œuvrant pour la conservation des ressources naturelles pour le bien durable des communautés locales, tenons à exprimer notre vive inquiétude face à la dévastation actuelle des ressources naturelles du pays », lit-on dans un communiqué daté du 27 mars.
En effet, l’Unesco, qui a inscrit en juin 2007 six sites naturels à Madagascar sur la Liste du patrimoine mondial, a tiré sur la sonnette d’alarme en publiant, à son tour, un communiqué le 03 avril. L’Union mondiale pour la nature (UICN) lui emboîte les pas cinq jours plus tard. L’organisme a souhaité que la conservation reprendrait comme une priorité pour l’avenir du pays.
« L’ensemble du pays est touché », a signalé Ramenason, directeur régional de l’Environnement, des Forêts et du Tourisme (DREFT) pour la région Alaotra-Mangoro. Son homologue de la région Melaky, dans le centre ouest, Dina Rakotoarisoa, a rapporté avec tristesse des faits avérés dans sa propre circonscription.
« Pour le moment (ndlr : en avril), il est impossible de faire l’évaluation des dégâts nationaux. Mais une chose est sûre. Les préjudices sont extrêmement importants et irrémédiables », selon Herilala Randriamahazo, biologiste marin au sein de Wildlife Conservation Society. Dr. Lyly-Arison René de Roland, directeur national de Peregrine Fund partage cette idée en précisant que l’état zéro de la crise n’est pas encore effectif en ce moment.
Les parcs nationaux de Marojejy et de Masoala, dans le nord, ont constitué le centre névralgique des violations graves dès le début de la crise. Peuplée de forêts pluviales, cette zone géographique est potentiellement riche en bois de rose (D. baronii, D. louveli), une espèce endémique nationale. Cette partie de l’île aussi produisait durant des années la meilleure qualité de vanille dans le monde.
Les deux aires protégées citées plus haut font partie des forêts humides de l’Atsinanana. Elles sont parmi les six sites malgaches inscrits en 2007 sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. A savoir qu’un patrimoine mondial est doté d’une valeur universelle exceptionnelle et répond à certains critères. C’est le cas du Tsingy de Bemaraha et la colline bleue d’Ambohimanga depuis les années 90.
Mais voilà que moins de deux ans seulement après sa reconnaissance, le nouveau patrimoine mondial à Madagascar a été sujet à une volonté destructrice presque haineuse, ravageuse et sans contrôle en dépit des principes de la Convention adoptée le 16 novembre 1972 à Paris par l’Unesco.
La paralysie de l’Administration malgache et l’embarras de ses alliés en février-mars ont aggravé la situation. « Le responsable de la conservation à Marojejy a appelé pour m’informer des infractions commises par des groupes d’hommes armés à l’intérieur du parc. Ils ont proféré des menaces et ont abattu des arbres. C’est triste ce qui se passe chez nous et nous devons en tirer des leçons », a témoigné Dr. Lyly-Arison.
Les gens de bonne volonté ont été réduits à néant en présence de la capacité destructrice des pilleurs. « Les communautés locales, conscientes de la nécessité de préserver ces ressources et qui tentent de s’opposer à ces coupes et trafics sauvages et illégaux, sont menacées de représailles », a noté l’Unesco dans son communiqué.
Depuis 2007, des mesures strictes ont été en application concernant les bois de forêt en général et le bois de rose en particulier à Madagascar. Ainsi est-il formellement interdit d’exporter des bois à l’état brut. Seuls les produits semi travaillés et finis ont été autorisés à franchir les frontières. Les réglementations visent les pratiques frauduleuses à l’exportation.
Le gouvernement malgache a alors confisqué plusieurs milliers de troncs de bois précieux non travaillés d’une valeur de plusieurs millions de dollars aux ports d’Antalaha, Iharana (Vohémar) et Toamasina. Des quantités de bois ont été ramenées à Antananarivo, la capitale, pour y être entreposées et des ventes aux enchères sont prévues à leur sujet. Des appels d’offre internationaux ont même été lancés à cet effet.
Parallèlement, la mise en place depuis 2005 du Bureau indépendant anti-corruption a inhibé des frustrations sporadiques. L’initiative a eu un effet psychologique sur les gens malhonnêtes. Grâce à la lutte contre la corruption, des destructions de la nature auraient pu être évitées au petit bonheur des écologistes.
Mais la crise de 2009, qui a provoqué l’absence temporaire de l’Etat, a réveillé les vieux démons. Les incorrigibles corrupteurs se sont alors servis de l’arrêté interministériel n° 003-2009 du 28 janvier 2009, qui a de nouveau autorisé à titre exceptionnel l’exportation à l’état brut des stocks de bois précieux encore non liquidés, pour justifier leurs actions.
De la sorte, ces gens-là auraient bien pu « rattraper à grande vitesse en si peu de temps les rentes perdues ». « L’arrêté interministériel a été une erreur fatale commise par le gouvernement », a déploré Madagascar National Parks. Certes, des réseaux mafieux vivaient et continuent de vivre du très juteux commerce de bois de rose. L’instabilité politique les a mis dans une position confortable.
Vers mi-mars, près de 175 containers de bois de rose ont quitté le port d’Iharana pour la Chine via l’île Maurice. De source sûre, 150 containers (aux environs de 300 tonnes à raison de 20 tonnes par container) de bois de rose sont exportés chaque semaine à partir de ce port secondaire. En réalité, le cours du bois de rose a explosé ces temps-ci.
Un tronçon de 1 à 2 m qui pèse entre 100 et 200 kilos a coûté 70-140 dollars en 2005. En d’autres mots, le bois précieux est une aubaine pour les paysans victimes de la chute vertigineuse du prix de la vanille. Le kilo a diminué de 230 dollars en 2003 à 25 dollars en 2005. La crise a donc été une opportunité à saisir pour les individus sans scrupules et avides d’argent facile qui emploient des pauvres gens en aval.
« La forêt malgache est en train de partir en Chine à coups de centaines de containers », a-t-on lit sur Sobika.com en avril. La même source a cité que « des exportateurs de bois de la région arrosent à coups de cinquantaine de millions (en monnaie nationale) les Autorités locales et les forces de sécurité en passant par les douaniers ».
En amont, la complicité et la corruption à grande échelle sont l’ennemi potentiel de la biodiversité nationale. « Elles (ndlr : Autorités locales et forces de sécurité) sont toutes corrompues et ferment les yeux sur ces exportations illicites. Le poids déclaré est inférieur au poids réel exporté. Le poids déclaré est de 20 tonnes or le poids effectif est de 30 tonnes », a noté Sobika.com.
Selon Alphonse Maka (cf. La Vérité du 06/06/09), le nombre de containers exportés et déclarés entre 03 février (date du premier envoi) et 28 mars 2009 a été de 346. Néanmoins, 815 containers ont été réellement exportés durant cette période. Soit 469 conteneurs non déclarés représentant près de Ar. 6 milliards ou environ 3 millions de dollars de manque à gagner pour l’Etat, selon les révélations du journaliste.
L’année dernière, la célèbre magistrate franco-norvégienne Eva Joly a énergiquement dénoncé la corruption actionnée par les multinationales qui pompent en toute impunité les ressources naturelles des pays pauvres. Le cas malgache en début 2009 correspond à ses accusations même si aucun exemple n’a été cité. Sans doute, des opérateurs à Madagascar sont en collaboration avec de grosses firmes industrielles basées en Asie.
L’instabilité politique menace de dévaster la faune et la flore endémiques nationales. Erik R. Patel, chercheur à la Cornell University (Etats-Unis), craint fort pour le silky sifaka (Propithecus candidus). Cette espèce de lémurien, « critiquement en danger » selon la liste rouge de l’Union mondiale pour la nature, vit uniquement dans les forêts de bois de rose, elles-mêmes sont « vulnérables » selon la classification.
Des parcs ont dû être fermés momentanément aux touristes à cause de l’insécurité au pays. Du coup, des activités liées au secteur ont cessé de tourner. En conséquence, des habitants se sont rabattus à la biodiversité. Ils ont chassé et mangé des animaux sauvages et ont brûlé les forêts… Là, c’est une preuve de la faible réussite des efforts visant à développer le réflexe environnemental chez les citoyens.
Selon le constat, il est devenu une tradition pour les Malgaches de se retourner contre l’environnement chaque fois qu’une crise se déclenche. « Quoi qu’il advienne, nous ne devons pas agir de la sorte », juge Dr. Jonah Ratsimbazafy, coordinateur scientifique de Durrell Wildlife Conservation Trust.
Madagascar, un sanctuaire de la nature, est en péril. Le pays est en train d’être dépouillé de ses joyaux naturels tant que la crise perdure. Selon le directeur Ramenason, des centaines d’orpailleurs et de chercheurs de pierres précieuses ont envahi les forêts de Zahamena, à l’est d’Ambatondrazaka, un des sites classés patrimoine mondial de l’Unesco en 2007.
« Le corridor Ankeniheny-Zahamena a été pris d’assaut », a confirmé le directeur général Guy Suzon Ramangason. Malgré eux, Ramenason et son équipe ont assisté avec accablement à la triste scène de destruction sauvage des forêts. « La loi est partie avec Marc Ravalomanana », ont brandi les profiteurs contre la moindre tentative de répression dans le cadre légal.
Dans la même foulée, la situation de la bande forestière dans la commune rurale d’Ifito (Toamasina II), à la lisière d’Ankeniheny-Zahamena, a été des plus alarmantes, d’après un mail de Gervais Randrianalison, président de la Plateforme corridor Ankeniheny-Zahamena (PLACAZ).
Les responsables ministériels semblent avoir été pris de court face à l’ampleur du désastre écologique en février-mars. Ils ont été pour la plupart non joignables au téléphone. Ils ont évité de se prononcer sur l’affaire. Ils ont eu raison de se mettre sur la défensive. Ils ont été aussi parmi les plus vulnérables durant le temps fort de la crise.
L’extrême vigilance des uns s’est toutefois doublée de l’irresponsabilité des autres. « Les militaires, gendarmes et policiers sont retenus ailleurs au lieu de traquer les criminels en pleine nature », a clamé un environnementaliste requérant l’anonymat. C’est seulement après la prise du pouvoir le 17 mars par la Haute Autorité de la Transition (HAT) que des campements de la Gendarmerie nationale sont plantés à l’intérieur des parcs dans le nord.
Les agents civils déployés dans la brousse ont quitté leurs postes au moment où la crise a atteint son paroxysme. Ceux de Madagascar National Parks sont tout même restés actifs et ont eu le courage d’affronter seuls les assaillants tels des hordes qui se battent pour la survie.
Selon des confidences, les commanditaires du massacre dans le nord sont identifiés. De sévères sanctions sont envisagées à leur encontre. Des descentes de contrôle ont eu lieu en avril et mai. Mais seuls une cinquantaine de « petits poissons » sont rattrapés et envoyés en prison.
Il paraît impossible de mettre la main sur les vrais acteurs qui seraient protégés par des hautes personnalités. Pas plus tard que le 03 juin dernier, quelque 410 rondins de bois de rose en route pour la capitale de l’artisanat (Ambositra) sont saisis à Ampanotokana Mahitsy. Mais l’identité de leur « vrai » propriétaire n’est jamais révélée malgré la forte médiatisation de l’épisode.
Vendredi 19 juin encore, des membres de la HAT sont montés au créneau pour dénoncer les excès de zèle concernant l’exportation de bois de rose. Les opérateurs sont tenus de payer Ar. 60 millions, soit 22 220 euros, par container s’ils ne doivent s’acquitter uniquement de taxe et de ristourne.
Le ministre de l’Environnement des Forêts de la HAT, Mariot Rakotovao, est le « percepteur principal » de cette « surtaxe » imposée aux opérateurs, selon Thomas Tsimiondra, qui n’a fait ni une ni deux pour prononcer son nom devant la presse. Le gouvernement de Monja Roindefo devrait fournir des explications à ce sujet.
Dès son accession au pouvoir en 2002, Marc Ravalomanana a multiplié les décisions en faveur de la biodiversité malgache. Moins de deux ans après sa reconduction le 03 décembre 2006, l’Armée a soutenu l’ancien DJ Andry Rajoelina, alors 34 ans, pour pousser le Président élu à la porte de sortie. Depuis son départ, le Président déchu est accusé, lui aussi, de trafic de bois précieux par ses « chasseurs ».
Les Malgaches sont loin de prêter attention aux enjeux majeurs de la déforestation dans l’état actuel des changements climatiques et aux services écologiques rendus par les forêts naturelles à l’Humanité ainsi qu’aux générations futures. Par le phénomène de photosynthèse, les arbres captent et séquestrent les C02 libérés dans l’atmosphère et en diminuent ainsi le volume.
Le monde entier cherche aujourd’hui les moyens pour atténuer les impacts du réchauffement global de la planète. La protection des forêts tropicales occupe une place prépondérante dans le processus mondial de lutte contre les changements climatiques. En revanche, l’on prend le plaisir de détruire le peu qui reste à Madagascar. Seuls quelque 9,5 millions d’hectares des forêts originelles existent dans l’île aujourd’hui. Tout a disparu et les crises récurrentes ne font qu’alourdir le bilan.
Une étude d’évaluation scientifique devrait être effectuée afin de déterminer l’inscription ou non des sites malgaches saccagés durant la crise de 2009 sur la liste du « patrimoine mondial en péril » aux côtés des parcs nationaux en Afrique (http://whc.unesco.org/fr/peril).
De l’avis du Dr. Lyly-Arison, il est souhaitable de remonter à 1975 comme temps 0 pour avoir des données sans biais s’il s’avère indispensable d’évaluer les pertes de la biodiversité au niveau national. D’après lui, c’est l’année où les Malgaches ont commencé à participer de manière active à la gestion de l’environnement à Madagascar. Les étrangers ont eu encore tout en main de 1972 à 1974.
Par ailleurs, l’évaluation doit nécessairement passer par deux étapes : de 1975 à 1990 et de 1990 à 2009. Si la première période a vu la création de nouvelles aires protégées avec la participation effective des Malgaches, la deuxième se singularise par la création de l’Association nationale de gestion des aires protégées devenue Madagascar National Parks en 2008.
A noter que des aires protégées étaient créées avant l’indépendance de 1960. C’est le cas, par exemple, du parc de la Montagne d’Ambre, dans la partie septentrionale de l’île, dès 1958. Également, beaucoup d’autres sites étaient classés “réserve naturelle intégrale” (RNI) bien avant 1975.
« Beaucoup de recherches doivent être menées mais les Autorités nous empêchent toujours de dire les vérités », s’indigne un chercheur.
Encadré :
Vendredi 26 juin, le Comité du patrimoine mondial en réunion à Séville a décidé l’inscription de deux nouveaux sites sur la Liste du patrimoine mondial. Il s’agit de Wadden Sea de la zone costale d’Allemagne et de Nederland et des montagnes de Dolomites en Italie. Par contre, le même Comité a statué jeudi 25 juin sur le retrait de Dresde, un patrimoine mondial en Allemagne, de la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. « Chaque fois que nous échouons dans la protection d’un site, nous partageons la peine que cela représente pour l’Etat partie », a déclaré María Jesús San Segundo, ambassadrice, déléguée permanente de l’Espagne auprès de l’Unesco, qui préside la 33e session du Comité du patrimoine mondial réuni à Séville.
* L’article initial a été rédigé en avril 2009 mais une mise à jour s’impose après.
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Wednesday, 1 October 2008
Dégradation du système récifal de Toliara : Quand un trésor précieux déploie des armes fatales
Plus de 60 % des espèces de poissons vivant aux récifs barrières de Toliara sont disparues en cette Année internationale des récifs coralliens de 2008.En mars dernier, les villes de Toliara et de Fianarantsoa ont connu des épisodes notifiés d’intoxications alimentaires par animaux marins. Début mars, 2 personnes sont décédées et 24 autres hospitalisées à Toliara. Deux semaines plus tard, 4 individus à Ivoamba Fianarantsoa ont trouvé la mort et 21 autres ont été admis à l'hôpital.
Même si les analyses médicales expliquant ces drames n’ont pas été rendues publiques, la cause invoquée a été la suivante : le fait d’avoir mangé des espèces de poissons censées provenir des récifs barrières de Toliara. Le nom du « geba », sardines et sardinelles appartenant à la famille de Clupeidae, a été toujours évoqué.
L’arrêté provincial n° 254 du 10 décembre 1965 interdit la pêche, le transport, la mise en vente et la consommation des poissons de mer de la famille des Clupeides dans l’ensemble de l’ex province autonome entre 01 novembre et 31 mars de chaque année, une période correspondant à la floraison des algues microscopiques toxiques.
En clair, d’autres espèces à risques telles que les murènes, les requins marteaux, les perroquets (Scarides) existent, selon Dr Edaly, directeur régional du Développement rural d’Atsimo Andrefana, ancien lauréat de Hull International Fisheries Institute en Grande Bretagne.
Des épisodes d’intoxications collectives graves remontent à 1930, selon l’Etude CAP (connaissance – attitude – pratique) sur les intoxications par consommation d’animaux marins sur le littoral sud-ouest de Madagascar, laquelle étude ayant été réalisée du 8 juin au 10 juillet 1996.
Selon les résultats d’enquêtes, 97 % des personnes interrogées déclarent être au courant du risque d’intoxication. Les poissons sont le plus cités comme dangereux, d’après 96 % des habitants sondés. En d’autres mots, le danger auquel sont exposés les occupants de ce littoral sont d’ordre écosystémique.
Selon Jean Turquet de l’Agence pour la recherche et la valorisation marines (La Réunion), les incidents enregistrés à Toliara et à Fianarantsoa en mars dernier sont a priori liés au clupéotoxisme. Il s’agit d’intoxication par des sardines ayant ingéré des microalgues toxiques. Mais une enquête épidémiologique spécifique a été effectuée pour le confirmer ou non.
Jean Turquet est l’auteur d’une thèse intitulée « Etude écologique et toxicologique des dinophycées benthiques (algues marines) inféodées aux intoxications alimentaires dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien », soutenue en 1997 à l’Université de Paris VII. Ces unicellulaires synthétisent les toxines responsables des intoxications par animaux marins.
En 2002, Rafalimanana Rasoanandrasana, alors étudiante en 3e cycle à l’Institut halieutique et des Sciences marines de Toliara ou IH.SM, a emboîté les pas à ce Français en présentant un travail de recherche sur l’inventaire des dinophycées benthiques potentiellement toxiques du Grand Récif de Toliara, 18 km de long et 1,5 km de largeur, situé à 3 km au large de la ville.
Les microalgues poussent les premières sur les branches des coraux morts, puis les microalgues, toutes épiphytes ou parasitaires. Plus d’une trentaine de variétés sont identifiées, toujours selon la Malgache. « L’apparition des algues, de couleur brune, est un indicateur de la dégradation du système récifal, pourtant berceau de la biodiversité marine » a-t-elle ajouté.
En ce moment, les récifs de Toliara subit une détérioration avancée. Aujourd’hui, 25 minutes sont largement suffisantes pour traverser le Grand Récif de l’est à l’ouest (1,5 km), d’après Bemahafaly Randriamanantsoa, responsable du Programme marin au sein de la World Conservation Society, spécialiste de la morphologie des récifs, lui aussi ancien étudiant de l’IH.SM.
Toutefois, dans les années 70, il a fallu plus d’une heure pour traverser la même distance à cause de la complexité de la structure récifale encore plus ou moins intacte. La complexité de l’architecture récifale de jadis n’a permis qu’une avancée prudente sur la levée dendritique, la partie émergée du récif barrière.
En réalité, les récifs sont des structures sous-marines construites par les coraux, lesquels étant des animaux invertébrés marins. Ils vivent en symbiose avec des algues et constituent le squelette calcaire des coraux.
Ces structures coralliennes servent d’abris à des milliers d’espèces qui forment la communauté corallienne. Mais l’ensemble est vulnérable à des menaces variées.
Pour le cas de Toliara, les activités humaines détruisent le milieu récifal. La pêche traditionnelle excessive est pointée du doigt la première. Les techniques et méthodes utilisées (filet senne, pêche par empoisonnement pour paralyser les poissons) sont dévastatrices.
Les pêcheurs collectent les poulpes, les oursins, le coquillage… en piétinant les coraux. Des habitants aussi viennent sur la barrière récifale pour prélever des blocs de coraux morts pour des travaux de construction, défigurant ainsi l’architecture du récif.
En 1996, les pêcheurs ont détruit 22 à 36 % du platier, ce qui a fait dire en 1998 à Pierre Vasseur de l’Université de Provence, que plus de 140 000 pêcheurs/an marchent sur le récif barrière pour les 18 km de long du Grand Récif.
Bemahafaly rappelle que les pêcheurs déplacent et retournent plusieurs fois les blocs de coraux. Un individu mobilise 30 à 40 blocs durant la période de pêche. Or des milliers d’organismes sensibles aux rayons solaires accompagnent toujours un bloc.
Ceux-ci sont des nutriments essentiels. Les micro-organismes assurent le renouvellement des stocks naturels et quand ils sont morts, des organismes opportunistes (dinoflagellés) se développement à leur place.
En général, la sédimentation terrigène tue inexorablement les coraux. C’est le résultat de l’érosion (en tant qu’activité naturelle mais amplifiée) des bassins versants des fleuves d’Onilahy et Fiherenena par usage des brûlis et la disparition du couvert forestier.
« Madagascar, l’île rouge, perd tellement de sols provenant de l’érosion (jusqu’à 400 t/ha/an) que ses rivières deviennent rouge sang, entachant l’Océan Indien qui l’entoure », a souligné professeur Joël Rajaobelison de l’INSTN à l’occasion des Journées nucléaires des 14 et 15 juin 2007.
« Il semble que Madagascar, en perdant son sang, soit en train de mourir », a ajouté ce scientifique. Certes, les éleveurs transhumants de la région de Toliara brûlent à tout va les collines pour leur bétail. Parallèlement, la dépendance des habitants aux ressources naturelles reste élevée.
Bemahafaly explique le mécanisme provoquant la mort des coraux par la sédimentation. « Les sédiments empêchent la lumière naturelle, essentielle à la photosynthèse, de parvenir aux organismes qui font vivres les coraux. En même temps, les alluvions favorisent la croissance des macroalgues en transportant des éléments nutritifs pour elles ».
Le développement du tourisme, les pollutions urbaines, l’industrialisation, l’agriculture par l’usage des intrants… dégradent également le milieu récifal. A Toliara, la lutte anti-acridienne date de longtemps. Malgré tout, le Centre national antiacridien avance l’absence des impacts négatifs des milliers de litres d’insecticides sur les récifs. En tout cas, un usage intensif des engrais et d’autres intrants est maintenant encouragé dans le cadre de la mise en œuvre de la révolution verte durable à Madagascar.
Par ailleurs, le contexte de changements climatiques est défavorable aux coraux, qui sont des invertébrés pouvant vivre seulement à une température variant entre 18°C et 25/27°C. Par conséquent, le réchauffement des eaux de la mer est fatal pour eux tout comme l’est le refroidissement des eaux douces à l’embouchure, déjà à faible dose de salinité.
On dit que le récif corallien est le dépositaire et le creuset de la plus grande biodiversité marine, au même titre que la forêt équatoriale l’est pour la biodiversité terrestre. Plus de 25% des espèces marines y vivent. Sa dégradation entraîne alors une perte de la vie marine abondante et l’écroulement des activités socioéconomiques qui dépendent d’elle.
Les travaux réalisés sur le Grand Récif et dans le lagon de Toliara avant 1972 ont permis d’identifier plus de 6 000 espèces animales et végétales et d’analyser une quarantaine de communautés récifales. Selon les estimations de Bemahafaly, 60 % de ces éléments naturels ne s’y trouvent plus en 2002. Néanmoins, on ne savait pas encore l’importance écologique de certains d’entre eux.
Partant, des espèces jadis non exploitées ne le sont plus aujourd’hui. Preuve évidente de la perte progressive de la biodiversité récifale. La diminution du nombre de poissons carnivores au profit des herbivores est constatée. Ces derniers mangent les macroalgues, et les microalgues épiphytes avec.
Dévorés par les prédateurs restants, les herbivores conservent les toxines (non destructibles par la chaleur) contenues dans les microalgues. En mangeant les sardines, les sardinelles et les autres espèces à risques, les humains s’intoxiquent eux-mêmes.
Les toxines s’accumulent dans le corps humain et déclenchent de terribles malaises psychosomatiques. Une implacable guerre chimique vient donc d’être déclarée à l’intérieur de l’organisme humain par l’intermédiaire des êtres dépendant du milieu corallien.
En somme, les récifs, un trésor précieux (cf. photo : Conservation International) mais peu connu et peu respecté, ont le temps pour déployer des armes fatales contre les hommes. La perte de la biodiversité est toujours nuisible à la vie de ces derniers.
Publié par Rivonala Razafison dans le journal Le Quotidien du 30/09/2008, p. 22
Saturday, 19 January 2008
Rivonala Razafison, premier prix du BDRA 2007 à Madagascar
Antananarivo, 17 janvier 2008 – La cérémonie de remise de prix des gagnants du concours Prix de reportage sur la biodiversité ou BDRA 2007 organisé par Conservation International avec ses partenaires , l’IFEJ (International Federation of Environmental Journalists) et ICFJ (International Center for Journalists) a eu lieu à Antananarivo, à l’Hotel Carlton ce 17 janvier 2007. Le ministre de l’Environnement, des Eaux et Forêts et du Tourisme, Harison Randriarimanana (photo en bas) a coprésidé la cérémonie avec le Président de Conservation International, Russ Mittermeier.- Pour la première fois à Madagascar, le premier prix est décerné à un homme. Le gagnant est Rivonala RAZAFISON, journaliste de la presse écrite «Le Quotidien» pour son article : «Redécouverte de l’onjy à Bealanana : meilleure recherche de l’année à Madagascar en 2006». L’article parle de la redécouverte du fuligule de Madagascar, Aythya innotata, par une équipe de chercheurs du Peregrine Fund dans la région Nord Ouest de Madagascar. Cette espèce a été considérée comme disparue depuis plus d’un demi-siècle». Il gagne ainsi la somme de Ar 2 000 000 .
- La deuxième place est attribuée à RANDRIANARISOA Riana Raymonde du quotidien «Les Nouvelles», pour son article «La forêt primaire de Betsirefo : des richesses naturelles encore inexploitées». Un reportage qui fait découvrir le monde des chauves-souris dans une forêt vierge de Betsirefo, dans la région Sud Ouest de l’Ile. Une forêt très riche en biodiversité mais peu connue. La journaliste reçoit la somme de Ar. 1 300 000.
- Ranivoarisoa Lydia Charlotte ravit la troisième place et obtient une somme de Ar. 700 000. Elle a écrit l’article intitulé «Ecotourisme : la réserve spéciale d’Ambohitantely» (partie Ouest de la région Analamanga) dans Malaza Objectif. Un dossier qui donne des détails sur la définition et les principes de l’écotourisme, ses objectifs, son historique.
Ces trois gagnants ont aussi reçu des trophées et une adhésion gratuite pour un an en tant que membre de l’IFEJ.
Le ministre de l’Environnement, des Eaux et Forêts et du Tourisme a salué l’initiative de Conservation International en organisant ce concours et a encouragé les journalistes à y participer.
Le ministre Harison Edmond Randriarimanana
Sources : http://www.biodiversityreporting.org/
Thursday, 20 December 2007
Crocodile du Nil : Le danger de la chasse « autorisée » à Madagascar
"Le crocodile figure parmi les espèces nuisibles à Madagascar. Nous pouvons le chasser dans ce cas. Mais il faut respecter les règles surtout quand il s’agit de vendre sa peau. Le nom de ce reptile est cité dans l’annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction ou CITES".C’est en ces termes que le ministre de l’Environnement, des Eaux et Forêts et du Tourisme, Harison Edmond Randriarimanana, a répondu à la question du sénateur Hassany Bin Mohamady, ce mercredi 19 décembre 2007, lors du dernier face-à-face du Gouvernement et du Sénat pour cette année.
Le parlementaire a rapporté vaguement les dégâts causés par ce reptile au bétail de l’Ouest de Madagascar, sa région d’origine. Pour insister sur la dangerosité de cet ovipare vertébré, le législateur a cité des cas d'"hommes croqués" sans en citer les noms, ni la date ni le lieu des drames.
Selon le statut de conservation de l’Union mondiale pour la nature, le crocodile du Nil est une espèce menacée. A la lumière de la publication de l’encyclopédie électronique libre Wikipedia, l’effectif total dans le monde est estimé entre 250 000 à 500 000 aujourd’hui.
La réduction des populations est due à la surcharge dont l’espèce a fait l’objet durant une partie du siècle dernier. Par conséquent, les pays indiqués dans l’annexe II de la Convention citée plus haute est soumis à un régime de quota d’exportation annuel. "Pas plus de 1 600 spécimens sauvages, y compris les trophées de chasse, en plus des spécimens de ranchs" pour la Tanzanie en particulier.
Il existe 23 espèces différentes de crocodiliens vivant sur la terre. Mais une seule d’entre elles est répertoriée sur la terre malgache. Il s’agit de Crocodylus nitolicus, selon les promoteurs du Croc’ Farm à Ivato. C’est un parc biologique et botanique privé et vaste de 3 ha se trouvant à moins d’une heure de marche à pied à l'Ouest du premier aéroport international du pays.
Le site du Croc’ Farm abrite plusieurs espèces de reptiliens dont le crocodile du Nil en captivité. Plus de 8 000 crocodiles éclosent chaque année dans les incubateurs et sont élevés dans les meilleures conditions possibles da façon à produire du cuir exporté vers l'Europe en majeure partie.
D’après le naturaliste amateur Pierre-Yves Vaucher, le crocodile du Nil habite l’ensemble de l’Afrique. Il est notamment présent dans l’Afrique subsaharienne. Il peuplait autrefois les Seychelles et les Comores. Mais une sous-espèce connue sous le nom scientifique de Crocodylus niloticus madagascariensis vit à Madagascar.
La Wikipedia, quant à elle, semble ne pas être de cet avis. Au moyen d’une cartographie montrant la répartition géographie du Crocodylus nitolicus, elle appuie que la partie occidentale de la Grande île est vue comme l'habitat naturel de cette espè
Il faut effectivement se méfier des fleuves et rivières, des lacs et mares importantes de la zone géographie indiquée. Le fameux lac Ravelobe (cf. photo ci-contre), réputé être un lac sacré, au Parc national d’Ankarafantsika, compte parmi les endroits les plus redoutables à ce propos.
Les crocodiles sont très agressifs dans l’Ouest de Madagascar. "Ils sont opportunistes. Tout ce qui peut passer à leur portée est bon pour le petit-déjeuner", écrit Pierre-Yves Vaucher. Et lui d’ajouter : "A l’affût, ils (les crocodiles) attendent que tout ce qui bouge passe près d’eux".
De toutes les façons, le crocodile du Nil infeste les fleuves de Sahabe, d'Ilakana… Autant de cours d’eau qui alimentent le lac Alaotra, la plus vaste étendue d’eau continentale du pays avec ses plus de 20 000 ha d’eau dégagée, laquelle étant localisée sur les Hautes Terres à proximité du corridor forestier de l’Est Ankeniheny-Zahamena.
La même observation aussi est valable pour le fleuve de Mangoro qui traverse l’Est du falaise d’Angavo et le pays du Betsimisaraka du Sud avant de rejoindre les eaux de l’Océan Indien au Sud de la ville de Mahanoro et au Nord de la ville de Nosy-Varika.
En revanche, la forte présence du crocodile du Nil plus dans l’Ouest que dans l’Est de Madagascar devrait susciter des intérêts scientifiques majeurs à plus d’un titre. Eventuellement, l’union du pays avec l’Afrique dans le passé lointain pourrait s’expliquer par le peuplement de ce reptile.
Au moins une hypothèse peut être émise sur la géomorphologie du pays. Selon les études géologiques, la croûte terrestre malgache présente deux subdivisions bien distinctes l’une de l’autre : la zone sédimentaire à l’Ouest et le socle cristallin à l’Est.
La question est alors de déterminer et/ou de savoir les conditions physiques, biologiques, chimiques… qui font que le crocodile du Nil s’acclimater plus à la zone sédimentaire qu’au socle cristallin de Madagascar.
Interrogé à ce sujet, le naturaliste Pierre-Yves Vaucher donne les précisions suivantes : "La réponse est dans les mouvements de la croute terrestre, la dérive des continents au fil des millions d'années où l'île s'est séparée du continent. Les crocodiles qui étaient sur la portion de terre qui s'est détachée du continent africain ont survécu dans la partie vraisemblablement plus humide et plus proche (Ouest) du continent".
Pour toutes ces raisons, la chasse "autorisée" du crocodile pourrait emporter avec elle un secret à élucider lié à l’existence physique de Madagascar si, un de ces jours, cette "espèce nuisible" venait à disparaître complètement du territoire malgache.
Rivonala Razafison
Pour plus d'informations, visitez http://www.reptel.mg/ et http://www.batraciens-reptiles.com/
Tuesday, 18 December 2007
Faune et flore à Madagascar : Des journalistes formés sur la Convention CITES
Du 18 au 19 décembre 2007, une quinzaine de journalistes environnementaux d’Antananarivo suivent des formations sur la Convention CITES et la gestion de la faune et de la flore à Madagascar.
Placées sous l’égide du ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts et du Tourisme, ces deux journées formatives se déroulent à l’hôtel Astauria Antanimena. Elles voient la participation des autorités scientifiques en matière de flore et de faune représentées par Dr Rakouth Bakolimalala et Dr Liliane Raharivololoniaina, toutes du département de la Biologie animale de la faculté des Sciences à l’université d’Antananarivo.
Les interventions de ces enseignants-chercheurs ont été plutôt axées sur les aspects juridiques de la Convention, laquelle étant ratifiée par Madagascar aux termes de l’ordonnance n° 75 014 du 05 août 1975.
En effet, le but de ces formations est d’amener les journalistes malgaches à bien maîtriser le minimum de connaissances sur ladite Convention afin de mieux contribuer à la protection des espèces par la publication des articles.
A la lumière des dispositions de la loi n° 2005-018 du 17 octobre 2005, les juridictions malgaches en matière de commerce international des espèces de faune et flore sauvages sont strictes.
Grosso modo, la peine d’emprisonnement peut aller de six mois à dix ans selon la gravité des cas signalés. De même, l’amende varie entre Ar 10 millions à Ar 200 millions, soit 5 560 $ à 111 112 $.
Depuis le mois de juillet dernier, un couple espagnol est jeté à la prison d’Antanimora Antananarivo pour avoir tenté d’exporter illicitement 48 bébés tortues, dans ses bagages et à destination de Milan, mais interceptés par les services de contrôle douanier à l’aéroport international d’Ivato dans la matinée du 07 juillet 2007.
L’Etat malgache a réclamé Ar 1 milliard d’amende, soit 111 112 $, pour cette infraction. Espèces endémiques du Sud de Madagascar, ces tortues sont déclarées espèces protégées parmi tant d’autres chez nous.
En revanche, l’application de la loi ferait appel à la jurisprudence concernant des espèces de flore. Certes, l’annexe au décret n° 2006-400 du 13 juin 2006 rend compte de la liste des espèces de faune sauvages selon leurs classements et catégories.
De leur côté, les autorités scientifiques annoncent que l’inventaire des espèces de flore sauvages sera entamé bientôt. Ce sera certainement fait en collaboration avec l’Union mondiale pour la nature.
Rivonala Razafison
Placées sous l’égide du ministère de l’Environnement, des Eaux et Forêts et du Tourisme, ces deux journées formatives se déroulent à l’hôtel Astauria Antanimena. Elles voient la participation des autorités scientifiques en matière de flore et de faune représentées par Dr Rakouth Bakolimalala et Dr Liliane Raharivololoniaina, toutes du département de la Biologie animale de la faculté des Sciences à l’université d’Antananarivo.
Les interventions de ces enseignants-chercheurs ont été plutôt axées sur les aspects juridiques de la Convention, laquelle étant ratifiée par Madagascar aux termes de l’ordonnance n° 75 014 du 05 août 1975.
En effet, le but de ces formations est d’amener les journalistes malgaches à bien maîtriser le minimum de connaissances sur ladite Convention afin de mieux contribuer à la protection des espèces par la publication des articles.
A la lumière des dispositions de la loi n° 2005-018 du 17 octobre 2005, les juridictions malgaches en matière de commerce international des espèces de faune et flore sauvages sont strictes.
Grosso modo, la peine d’emprisonnement peut aller de six mois à dix ans selon la gravité des cas signalés. De même, l’amende varie entre Ar 10 millions à Ar 200 millions, soit 5 560 $ à 111 112 $.
Depuis le mois de juillet dernier, un couple espagnol est jeté à la prison d’Antanimora Antananarivo pour avoir tenté d’exporter illicitement 48 bébés tortues, dans ses bagages et à destination de Milan, mais interceptés par les services de contrôle douanier à l’aéroport international d’Ivato dans la matinée du 07 juillet 2007.
L’Etat malgache a réclamé Ar 1 milliard d’amende, soit 111 112 $, pour cette infraction. Espèces endémiques du Sud de Madagascar, ces tortues sont déclarées espèces protégées parmi tant d’autres chez nous.
En revanche, l’application de la loi ferait appel à la jurisprudence concernant des espèces de flore. Certes, l’annexe au décret n° 2006-400 du 13 juin 2006 rend compte de la liste des espèces de faune sauvages selon leurs classements et catégories.
De leur côté, les autorités scientifiques annoncent que l’inventaire des espèces de flore sauvages sera entamé bientôt. Ce sera certainement fait en collaboration avec l’Union mondiale pour la nature.
Rivonala Razafison
Pour d’autres renseignements, voir http://www.cites-madagascar.mg/
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